30 décembre 2011 – 04 janvier 2012 – île d’ Union, Grenadines

Chatham Bay

Départ à 5 heures du matin et navigation musclée pour couvrir les 87 milles nautiques qui nous séparent de l’île d’Union, aux Grenadines : 27 à 30 nœuds établis plein travers, rafales à 40, grosse mer de côté, déferlantes qui inondent le cockpit (et le roof !) : nous sommes mouillés, salés et fatigués quand nous arrivons à Chatham Bay en fin d’après-midi. Mais une fois encore heu-reux de ces quelques heures en mer sur notre Zanzibar, si à l’aise dans la houle et dans le vent. L’arrivée  (pourtant attendue !) n’est finalement pas un doux moment d’allégresse : le mouillage est très fréquenté,  très venté, un grain assombri le ciel et un Lagoon de 50 pieds, échoué coque tribord éventrée sur les cailloux au sud de la baie, n’engage pas vraiment à jeter l’ancre au hasard…

Dans la soirée, un cata qui se balade au bout de sa chaine se retrouve, on ne sait comment, au dessus de notre annexe, à 1 mètres de nos jupes arrières ! On hurle tout ce qu’on peut pour alerter le skipper : mais il n’y a que 2 minettes, qui ne comprennent vraiment pas ce qui se passe ni comment elles peuvent arranger la situation. Leur capitaine est à terre, les moteurs tournent et elles ne savent pas les arrêter… Nos copains de Blue Note, qui passent sur leur annexe, viennent à leur rescousse et montent à leur bord rétablir la situation. Puis c’est un autre cata qui dérape, nous maintenant en veille sur le pont le temps de retrouver l’équipage peu stressé qui est allé se promener sans trop se soucier de la tenue de son mouillage… (ils nous avaient déjà un peu inquiété en arrivant comme des fous au milieu des bateaux, jetant l’ancre 3 fois au petit bonheur avant de se coller entre Modus et Vagabond…). Du coup ils déménagent à côté de nous, youpi, nous sommes bien rassurés pour la nuit ! Le vent dégringole des hauteurs de l’île et nous tournons au gré des rafales, l’alarme de mouillage nous tirant régulièrement de notre pauvre sommeil…

Chatham Bay

Après une nuit courte et agitée, ayant malgré tout récupéré toutes nos facultés de jugement, nous ne pouvons qu’être sous le charme de cette petite île : une végétation exubérante, une plage de sable blanc qui s’étire sous les cocotiers, des raies et des tortues qui nagent autour des bateaux… c’est vraiment très beau et nous ne regrettons plus notre mouillage de Marigot Bay !

Les bateaux-copains sont tous là (ou presque : ne manquent que Cajou et tous ceux qui naviguent un peu trop loin des Grenadines). Impossible cependant d’organiser notre soirée du Nouvel An sur la plage : définitivement trop de vent. Nous envahissons donc le très joli restaurant italien de la baie, tout ouvert sur la mer, terrasses au bord de l’eau. Il y a même une piscine (que nos nombreux enfants ensablent allègrement à force d’aller-retour entre le bassin et leurs châteaux de sable… pauvres gosses).

Moments magiques et joyeux, même si nous nous sentons bien loin de vous tous en cette soirée de fête, et surtout coupés de tout moyen de communication : même l’iridium ne veut pas envoyer nos sms !! Alors nous espérons que vous êtes au moins aussi heureux que nous ce soir, et que toutes nos pensées arrivent quand même à vos petites oreilles :

Nous vous souhaitons une merveilleuse année 2012, de belles émotions, de tendres moments, de joyeuses fiestas, de beaux projets, beaucoup d’amour, de l’énergie…. et surtout (si possible) zéro galère et que du bonheur …

Clifton

sauvetage de Joséphine

Nous quittons  Chatham Bay le 02 janvier pour le village de Clifton, sur la côte au vent de l’île. Alors que nous naviguons au moteur et sous les grains, un coup de vent vient nous enlever Joséphine, l’énorme et magnifique bouée orange qui sert de poney aux enfants (voire même de punching ball…). Impossible d’abandonner ce fidèle compagnon : nous improvisons une manoeuvre de récupération d’homme à la mer et la sauvons avec fierté d’un pitoyable naufrage. Nous pouvons bravement reprendre notre route.

barrière de corail de Clifton

Nous nous amarrons à une bouée, à l’est de l’anse, un peu loin des pontons du petit port mais à quelques encablures à peine de la barrière de corail où les vagues de l’atlantique viennent se briser. Les enfants partent à la « chasse aux noix de coco » sur les plages, nous nous baignons dans l’eau cristalline, impossible de se lasser du spectacle.

les fruits et légumes de Jenny

Nous bravons le clapot qui nous trempe inévitablement dans notre trop petite annexe pour aller à terre nous ravitailler en fruits et légumes, et aller dévorer les excellentes pizzas de l’Aquarium ! Tout le village n’est que sourires et couleurs. On se plait tellement qu’on décide même d’y rester encore un peu avant de partir pour les Tobago Cays.

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21 decembre-30 décembre 2011 – Sainte Lucie

Rodney Bay

Atterrissage en douceur. Nous nous laissons vivre tranquillement sur les pontons de la marina de Rodney Bay. On bichonne notre Zanzibar (qui nous a si bien menés jusqu’à ce petit coin de paradis !), on papote de ci de là, on étudie tout ce qu’il y a à visiter (et à manger !) sur l’île, on bricole … et les journées passent à une vitesse vertigineuse après la parenthèse temporelle de la traversée.

Finalement nous ne visitons rien : à force d’hésiter à louer une voiture avec volant à droite (et conduite à gauche !!!), il est déjà temps de re-larguer les amarres… L’épreuve nous a semblé insurmontable. Plutôt retraverser l’océan que de se lancer dans cette aventure urbaine. Déjà en tant que passager nous frôlons la crise cardiaque toutes les 3 secondes…

Nous abusons donc des taxis pour préparer, avec l’esprit un peu ailleurs, ce Noël tellement particulier… Partout les grands sapins décorés (et pas qu’un peu…) et les chants de Noël n’arrivent pas à nous convaincre que nous sommes en décembre.

Pour ce premier réveillon sur Zanzibar, partagé avec l’équipage du Bubu, nous ne lésinons pas : langoustes fraichement pêchées, dégotées directement sur le bateau des pêcheurs (qui doivent nous prendre pour des parisiens en nous voyant arriver sur le ponton sans même un sac pour mettre les bestioles….). Après le traditionnel foie gras (merci la famille Rohrer !), Manu se lance très courageusement : il paraît qu’il faut couper les langoustes en deux, vivantes, et les jeter sur le barbecue. Bizarrement, personne ne sait expliquer le pourquoi de cette barbarie… Mais soit, coupons les en deux, vivantes. La première, qui ne semble pas au courant qu’elle doit se sacrifier à ces pratiques un peu étranges, se débat farouchement. Les 4 autres, ayant compris, devant ce triste spectacle, à qui elles ont affaire, se laissent trancher beaucoup plus facilement. Un petit coup de marinade là-dessus, un petit passage sur le grill, et on essaie d’oublier par où il faut en passer pour se régaler comme ça. Nos scrupules ont finalement des limites, d’ailleurs assez liées à nos papilles…  Nous terminons par la succulente tête de Mickey en fondant au chocolat que les enfants ont fait dans l’après-midi sur Bubu, en réalisant l’exploit de monter les œufs en neige au batteur à main ! C’est bien plus chouette qu’une bûche !

Dans la nuit, le Père Noël trouve le bateau et descend le long du mât pour déposer au pied de notre beau sapin cap verdien (40 centimètres environ de plastique made in china…, mais dont les enfants rêvaient alors que j’imaginais plutôt du home made en bois flotté et autres trucs de récup trouvé sur les plages, une œuvre très tendance et hype, espèce de point d’orgue à 10 années passées à trainer à l’école maternelle… tant pis) tout plein de jolis cadeaux emballés dans du joli papier journal.

On savait depuis quelques années déjà que, malgré tout, le Père Noël était une ordure ; en plus on sait maintenant que c’est un voleur ! Il a piqué l’Ipad ! Ca ne peut être que lui, on n’a jamais retrouvé la tablette magique, en dépit de recherches minutieuses dans les moindres recoins du bateau (des fonds de cales aux coffres, en passant par le four, le frigo, les pointes avant, sous les matelas, au fond des placards, dans la baille à mouillage… rien de rien de rien). Les enfants sont formels : ils ont lu des BD dessus pendant le réveillon, ils l’ont rangé (eh oui, a priori ils ont eu une sorte d’embolie du cerveau à la case  « rangement »…), ne l’ont pas sorti du carré, et pourtant… Le Père Noël n’est plus ce qu’il était, c’est moche…

8 ans de Juliette, sur la plage

Nous partons en expédition à bord des annexes pour aller fêter les 8 ans de notre Juliette, sur la plage de Rodney, sous les palmiers… Un peu difficile pour les bougies que le vent souffle, mais le gateau (made in le bubu !) est excellent. Et la baignade aussi…

Marigot Bay

les 2 pitons, au sud de l'ïle

Nous quittons Rodney Bay le 27 décembre pour une petite nav de rien du tout, histoire d’aller jeter l’ancre (en fait nous amarrer à une bouée) dans la magnifique baie de Marigot, un peu plus au sud, et profiter de ce mouillage de carte postale avant le départ de Doumé.

Même si le vent souffle un peu et vient troubler  la transparence de l’eau dès le milieu de la matinée, nous apprécions de nous baigner dans ce cadre idyllique : mangrove, plage de sable fin, cocotiers et palmiers, végétation luxuriante… et chouette restaus.

shipchandler marigot bay

Doumé reprend l’avion le 29 décembre et un sentiment de vide absolu envahi le navire, et surtout l’équipage. Nous étions tellement heureux de partager cette transat avec lui que nous sommes très tristes de le voir repartir. Et pourtant nous comprenons qu’il soit aussi un peu impatient de retrouver toute sa tribu après ces longues semaines loin d’eux, et avant leur impressionnant déménagement à La Réunion.

Nous discutons longuement avec Bubu de la  météo qui nous attend sur les prochains jours et nous avons beaucoup de mal à prendre une décision : les fichiers grib annoncent pas mal de vent et de houle jusqu’au 2 janvier, mais tous les bateaux-copains seront à Chatham Bay, sur l’île d’Union aux Grenadines, pour le Réveillon…

Doumé parti, snif snif

Cruel dilemme entre se faire secouer sur 87 milles ou ne pas faire la fiesta avec les copains… Comme chaque fois que nous nous posons trop de questions, nous envoyons un message à Alain (Bleu 2 M) qui nous rassure sur la fiabilité des fichiers météo dans le coin. Nous sommes dans les Christmas Winds, les vents un peu instables qui précèdent les alizés qui s’établissent en janvier.  Il faut cependant rester prudents dans les passages entre les îles où les vents peuvent se renforcer violemment (nous l’avions déjà expérimenté entre Sao Nicolao et San Vincente, au Cap Vert).  Forts de ces conseils, nous décidons de quitter Ste Lucie au petit matin.

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Publié dans Caraïbes... janvier à mai 11, Journal de Bord | 3 commentaires

Transat – Debriefing (pour Doumé)

Puisqu’il nous faut bien retraverser cet océan dans quelques mois (au secours, déjà ?), un débriefing s’imposait. En tant qu’élèves navigateurs (et avitailleurs) appliqués, nous avons pris quelques notes (qui pourraient éventuellement se transformer en revendications syndicales si le capitaine continue de nous imposer (entre autres…) sa dictature du chargement minimum !). Et le retour sera GRANDIOSE !! Tu vois Doumé, tu peux revenir…

En vrac, tout ce dont on a rêvé jour après jour et qu’on a certainement laissé dans le « carton-qu’on-a-oublié-sur-le-quai » (en tout cas on ne l’a pas retrouvé dans le bateau…)  … :

Des îles flottantes, un bœuf (grillé, saignant, voire même avec une petite sauce au poivre au plus fort de notre colère), des profiteroles (de Delphine), une énorme tartiflette (de Jo), une fondue (surtout celle de Jean-François !), une choucroute (même en boite),  des raviolis (surtout en boite), le blé de la cantine, les croissants chauds du matin,  les glaces de Lydia à Bouzigues, une douche chaude (d’au moins 2 litres), un Serrano entier, un fondant au chocolat (de Jen), le Picpoul de Pinet et le rosé du Mujolan, le Kitchen Aid, un week-end au ski (avec les Marchal), un sapin de Noël qui clignote… et tout ce que l’anémie et l’hypoglycémie nous a fait oublier depuis…

Heureusement qu’on avait les confitures ,  et quelques bonnes bouteilles…

On ne nous y reprendra plus. Pour la prochaine transat …. vous savez ce qu’il vous reste à faire !!

Publié dans Journal de Bord, Transat... décembre 11 | Tagué | 10 commentaires

Transat – Journal de bord

Pour les plus courageux : après le choc des photos, le poids des mots (c’est effectivement un peu long, mais au moins c’est représentatif !).

8 décembre

Après les derniers préparatifs techniques, avitaillements, connections internet et skype, nous larguons les amarres à 11H30, aidés par l’équipage de Losadamos.

10-15 nœuds, mer belle, conditions idéales pour s’amariner en douceur. Nous naviguons en patrouille avec le Bubu, parti 2 heures plus tôt.

Nuit claire et paisible, avec la pleine lune au zénith. Doumé est fatigué (voyage, décalage horaire et soirées festives…) et est dispensé de quart pour lui laisser le temps de récupérer un peu, et d’être opérationnel demain !

09 décembre

Nous nous éloignons peu à peu du Bubu et perdons le contact AIS et radio dans l’après-midi. Le vent est bien établi à 15 nœuds et la mer toujours belle. Nous attaquons le cned avec Marin et Juju, pendant que Théo traine sa flemme…

Opération « coiffeur » sur les enfants, avec un résultat plus ou moins étrange selon les têtes… La houle se lève un peu en fin de journée, n’empêchant cependant pas les moussaillons de se lancer dans la construction de châteaux de cartes… La nuit passe tranquillement mais le vent monte peu à peu et à 4 heures nous réveillons Doumé pour sa première prise de ris dans le noir ! Youpi ! Il enchaine sur son premier quart de nuit : 20-25 nœuds établis, une houle qui se lève franchement, il assure des pointes à 10 nœuds et remonte les performances lamentables de début de nuit. Cerise sur le gâteau, il pêche un joli thon au petit matin !

10 décembre.

Journée assez tranquille et stable. Mais les conditions se renforcent en fin de journée avec 25 nœuds bien établis. On prend un 2ème ris dans la GV, histoire d’anticiper d’éventuels grains et surtout de faire plaisir à moi-la-frileuse !

Jo, qui nous assure gentiment le routage météo tous les jours (son appel sur l’iridium tous les soirs est un vrai moment de bonheur et nous donne l’impression de partager un peu ces moments exceptionnels), nous conseille de descendre vers le 15ème parallèle pour éviter un coup de vent (et de grosse houle !) lundi 12. Briefing équipage : calculs savants (combien de milles nautiques on se rajoute, combien de temps on perd, comment seront le vent et les vagues ensuite…etc), hésitations, et finalement décision d’infléchir notre route de 10 °.

Le ciel est nuageux et la lune n’éclaire que faiblement la mer. Le vent monte encore dans la nuit, et les vagues avec.  A 5 heures du mat, nouveau réveil en fanfare pour Doumé : prise du 3ème ris ! Notre équipage s’aguerrit à la manœuvre : les garçons travaillent en binôme au pied de mât et sur le roof et nous réduisons maintenant la voilure sans mettre le bateau face au vent (ce qui est toujours un peu impressionnant avec 30 nœuds et des creux de plusieurs mètres). De fait, je n’ai plus grand chose à faire si ce n’est me tenir prête à la barre au cas où (mais il n’y a jamais de cas où, ou si rarement…), les encourage gentiment pendant qu’ils galèrent, essaie vaguement de me rendre utile, regarde les étoiles… et savoure mon statut de faible femme sans rien dans les bras.

11 décembre

On recule nos montres d’une heure pour compenser notre avancée vers l’ouest.

On se fait brasser toute la journée par une grosse houle et un vent qui ne faiblit jamais. On est un peu raplapla. Toujours pas de Cned dans ces conditions. Rien que cuisiner réclame bien des efforts. On continue de descendre vers le sud et retrouvons la trace de Bubu, légèrement derrière.

Au changement de quart de 23 heures nous décidons de rouler le génois, déventé par la grand voile. Mais l’enrouleur se coince.  Manu bataille dans le noir, sur le trampoline (qui n’est pas une surface particulièrement stable…), dans des creux de 3-4 mètres bien tassés, je n’entends rien à ce qu’il me dit et la manœuvre pourtant si bien rôdée tourne au n’importe quoi en quelques secondes : première « crise de cohésion » et engueulade sur le pont ! Le génois est enroulé en vrac, les écoutes emmêlées et coincées, le vent s’engouffre dans le moindre petit bout de toile qui dépasse et achève de bloquer l’ensemble, menaçant sérieusement de tout déchirer… Doumé, réveillé par nos tonitruants doux échanges plein d’amour…, arrive à la rescousse. On tente plus calmement (avec 30 nœuds le calme est très relatif) de démêler tout ce bazar, de défaire les écoutes , de dé-saucissonner la voile puis de repasser les écoutes correctement. Doumé manque se faire décapiter, c’est un peu tendu et violent, mais ca fini par marcher ! Et sans mettre ce fichu bateau nez au vent !

Notre courageux équipier prend le quart de nuit de Manu pour laisser notre capitaine dormir quelques heures d’un sommeil léger (trop de vent et de vagues pour sombrer complètement dans les bras de Morphée).

12 décembre

Matinée très active en dépit d’une mer très agitée : gâteau pour marin et juju, pain pour théo, on commence à trouver notre rythme de croisière et on a faim de petites douceurs !

Qui a appuyé sur le bouton de cette machine à laver océanique ??  Ca ne s’arrête jamais de bouger et de brasser…

Passage du 1/3 de notre parcours au cours d’une nuit agitée, one more …

13 décembre

Nous avançons vraiment bien et avalons les milles nautiques en surfant de vague en vague. Moyenne de 6,3 nœuds depuis le départ, c’est chouette (il faut bien des compensation à la houle de 3-4 mètres que nous supportons depuis plusieurs jours).  Qui a appuyé sur le bouton « programme long » du lave-linge ?

On s’occupe malgré tout : un peu d’école (beaucoup à l’oral tellement il est difficile d’écrire), un peu beaucoup de découpage-peinture-origami-vitraux-coloriages…

Nuit de folie. Cette fois un petit farceur a appuyé sur le bouton « essorage » de la machine. Une ligne de grain nous poursuit de ses assiduités. Le vent s’établit à 30 nœuds, avec des pointes à 40. La houle passe de 3-4 à 5-6 mètres, avec une onde de 6-7 secondes à peine. Les vagues dépassent la hauteur des panneaux solaires, semblent vouloir engloutir Zanzibar, mais le soulèvent et le poussent au dernier moment d’un coup de pied aux fesses pour venir déferler entre les 2 coques dans un bruit hallucinant. Mama mia j’ai peur !! On atteint les 15 nœuds sur un surf, avec la voile réduite de 2 ris. A 3 heures du mat, assez rigolé : le vent a tourné plein arrière et on risque vraiment trop l’empannage. On affale la GV pour ne garder que le génois, plus facile à manipuler seul en pleine nuit. Le capitaine regrette évidemment sa belle moyenne de 9 nœuds sur les dernières heures mais les équipiers sont ravis tout plein !

14 décembre

En dépit de la fatigue qui se fait un peu ressentir, nous avançons courageusement le cned. Même Doumé s’y colle et mathématise avec Théophile. Puis l’atelier origami reprend intensivement et nous laisse un peu de répit (si on occulte le bazar qui en découle inévitablement…). Le bateau commence à ressembler à une classe de maternelle (pas aussi jolie quand même que celle de Delphine mais ils y travaillent avec acharnement) : des trucs qui pendent au plafond du carré, des trucs qui se collent sur les vitres, des trucs qui se patafixent dans tous les coins, des trucs plein de peinture qui sèchent, des trucs en cours de transformation, et surtout plein de trucs qui trainent partout !!!

Le vent tombe un peu en fin de journée mais c’est une houle légèrement croisée et de travers qui vient nous mettre à mal… Pas de répit pour les braves ! Doumé en a un peu marre (tu m’étonnes !) et je crois que par moment il adorerait pouvoir abandonner le navire ! Les mouvements de roulis sont très désagréables, amplifiés par la largeur du cata. Mais à 04h22 TU nous passons les 1000 milles nautiques, la moitié de notre parcours. Nous sommes au milieu de notre bout d’Atlantique !!

15 décembre

Journée houleuse, encore et toujours. La séquence des vagues s’espace cependant un peu, nous laissant entrevoir un peu de repos. Mais que nenni : peu à peu la mer passe plein travers comme le vent tourne lui aussi et la houle croisée se resserre. Youpi youpla ! Mais qu’est-ce qu’on avance ! On passe en UTC – 3.

Nuit de folie, le retour ?? L’horizon s’illumine un peu beaucoup d’éclairs, nous poussant à réduire à nouveau la GV à 2 ris pour aborder « tranquillement » les quarts nocturnes. A 23 heures on en prend même un petit dernier, les rafales affolant l’anémo (et moi avec !). Je reconnais que je ne suis pas bien téméraire mais les vagues qui frappent le bateau par bâbord nous secouent violemment et les objets commencent à se déplacer tous seuls dans le carré. Déjà 2 chutes de cocotte-minute (2 poignées cassées), un vol plané de verre (en miettes), un retournement de bouilloire (mais ce n’est que de l’eau), la boite de peinture, le calendrier de l’avant… On peut bien sacrifier quelques nœuds de vitesse pour limiter le désastre.

16 décembre

Alors que nous n’avons pris finalement que quelques averses dans la nuit, un énorme grain vient animer notre matinée : rinçage du bateau, du cockpit et des équipiers ! Sauf qu’ à peine dessalés à l’eau de pluie nous nous faisons à nouveau arroser par les vagues… Ca occupe.

Doumé aperçoit un voilier à l’horizon : nous ne sommes plus seuls au monde ! Nous n’avons plus de nouvelles de Bubu depuis 5-6 jours, même si nous faisons un point de nos positions respectives tous les jours via iridium, n’étant plus à portée de VHF depuis bien longtemps. C’est sympa de croiser âme qui vive ! C’est surtout le prétexte pour Manu de renvoyer toute la toile pour rattraper l’inconnu, s’improvisant ainsi sa petite régate perso…. Sauf que la ligne de grain et la houle qui grossit encore (si, si, c’est possible) font fuire notre concurrent vers le nord et nous le perdons très rapidement de vue.

Tout le monde comate dans le bateau en attendant la pétole annoncée (et qui traine franchement à venir). Impossible d’entreprendre quoi que ce soit. Préparer les repas relève déjà de prouesses techniques. Mais ça pourrait être pire, il pourrait faire nuit ! Nous déclarons officiellement cette triste journée LA « journée de m…. » de la transat (Doumé nous regarde un peu interloqué quand même : de son point de vue, il en a déjà compté plusieurs…).

Alors que nous ne nourrissons plus aucun espoir de salut (c’est dire si nous sommes fatigués…), la situation commence imperceptiblement à se calmer. Le vent tombe gentiment au fil des heures, à 25, puis 20, puis 15 nœuds ! Et un joli coucher de soleil vient nous mettre du baume au cœur.

La nuit est à la hauteur de nos espérances : on assure les quarts sur le pont pour s’imprégner du spectacle : la lune qui éclaire le sillage et le peu d’écume qui agite encore quelques vagues, les étoiles filantes, et juste ce qu’il faut de vent pour échapper encore quelques heures au moteur.

17 décembre

Grand beau temps, vagues de fillettes, VACANCES !! (et aussi moteur, mais tant pis, on fait comme si on ne l’entendait pas…). On s’offre même une heure de plus en décalant nos montres.

On ouvre tous les panneaux de pont, on sort les coussins, on fait « sécher » comme on peut les vêtements, on se douche à l’eau de mer sur le trampo (26 °c !), on cuisine, on farniente au soleil, musique à fond, que du bonheur !

Quelques grains se profilent avec l’arrivée de la nuit : nous scrutons le radar, qui nous donne une excellente vision de ce qui se trame et nous permet de zigzaguer au mieux. Nous nous préparons à une gentille petite nuit bien tranquille. Sauf que….

Tout à coup ça fume côté batterie babord. Aïe. Il y a comme un soucis. On débranche la boiboite et la remplacons par celle de secours. Nickel. Sauf que … la cause du problème n’est toujours pas identifiée : alternateur ?, répartiteur ?…

Vers 2 heures du matin c’est la batterie tribord qui s’y met. Tout le monde sur le pont pour le reste de la nuit, à brainstormer mécanique et électricité (personnellement je pourrais bien retourner me coucher au regard de ma piètre participation au débat…). Au petit matin on y voit plus clair (je ne fais toujours pas partie du « on », continuant paresseusement de ne rien entendre à toutes ces histoires…) : alternateur mort côté tribord, qui par voie de conséquence a « tué » la batterie bâbord (je n’imaginais pas la possibilité d’une telle scène de violence dans l’obscurité d’une cale moteur …) et peut être aussi la tribord. Chouette. Heureusement que la seconde journée de pétole annoncée va nous permettre de nous reposer de cette éprouvante nuit. Sauf que…

18 décembre

Sauf que le vent se lève vers 5 heures et s’établit rapidement à 20 nœuds. La houle grossit, tourne au nord (ben voyons) et vient taper plein travers. C’est reparti mon kiki. Tu parles d’une pétole ! Mais qu’est-ce que fait notre routeur météo ??? Il est parti au ski ou quoi ? C’est quoi ce binz ??? On se console en se focalisant sur le speedo : notre Zanzibar affiche vraiment de belles performances et nous sommes heureux de faire ce voyage à son bord ! Il faut bien avouer que nous nous régalons. Tant pis pour la farniente. On s’accroche contre cette fichue houle et on regarde les milles défiler. Nous franchissons la barre des 1500 nautiques, ¾ du chemin ! Et des dauphins viennent jouer dans les étraves, enfin !!!

Nuit finalement plutôt paisible (ou alors on s’habitue vraiment), sous un ciel pourtant bien nuageux. Le petit coup de calme d’hier, bien que bref, a quand même permis à Doumé de recaler définitivement ses gyros en mode navigation hauturière.

19 décembre

Le vent tombe un peu, suffisamment pour nous contraindre à remettre les moteurs quelques heures. Manu en profite pour essayer de refixer les protections du hauban bâbord qui pendouillent lamentablement. Il lutte en vain contre les éléments : toujours trop de houle. Mais quel magnifique numéro de voltige aérienne ! Puis les conditions se renforcent, histoire de ne pas trop perturber nos habitudes…

20 décembre

Douche sur le pont, eau à 27°C, on a vécu pire comme situation ! Histoire de nous occuper un peu, nous commençons à douter de notre destination. Alain (Bleu 2M) nous déconseille la Barbade et comme nous aimons particulièrement nous ranger à son avis, nous nous posons nombre de questions. A commencer par savoir pourquoi nous avons décidé d’y atterrir… Bizarrement, nous n’en savons rien… Nous nous épatons nous même de notre haut niveau d’organisation… Après maintes discussions et échanges de mails avec Bubu, nous envisageons sérieusement de poursuivre notre route de 80 nautiques plus au nord-ouest pour rejoindre Ste Lucie. Bubu adhère au concept pourvu qu’il y ait une entrecôte à l’arrivée ! Et nous n’en sommes plus à 24 heures de navigation près.

Le vent adonne à nouveau en fin de journée et nous donne des ailes. On va peut être même pousser jusqu’à Panama… Grosse houle de travers et 25 nœuds établis. Rapide connection iridium avec Bubu pour confirmer l’option Ste Lucie et  nous prenons quelques degrés pour faire route plus au nord. On va encore se faire secouer mais la perspective de l’arrivée rend bizarrement les vagues moins pénibles !

Le ciel étoilé est magnifique et nous cherchons avec application (et beaucoup d’hésitations…) Grande Ourse, Petite Ourse, Cassiopée et toute la clique.

21 décembre

On recule nos montres d’une nouvelle et dernière heure et … on fonce !!

15h50 locales : Terre en vue !!!!! Dans le soleil couchant, l’île de Ste Lucie se découpe sur l’horizon. Etrange émotion : 13 jours en mer, et soudain la Terre. Et pourtant cela semble tellement évident… On devrait peut être tenter la lune ?

Je crois surtout que la fatigue fausse les perceptions. Et puis ce petit bout de rocher à l’horizon marque aussi la fin de notre traversée. C’est avec un petit pincement au cœur que nous égrenons les derniers moments de cette « aventure », que notre rêve de transatlantique se perd déjà dans notre sillage. Des années à l’imaginer, à en parler, à l’organiser, et en 13 jours c’est déjà fini ???  Pourquoi cet océan atlantique n’est-il pas plus grand ???

Nous arrivons à Rodney Bay, sous le vent de l’île, à la nuit tombée. Nous avançons prudemment entre les bateaux déjà au mouillage (et dont les feux ne sont pas toujours allumés !), jusqu’à pouvoir jeter l’ancre par 4 mètres de fond au sud de la baie. Nous attendrons demain pour emprunter le chenal qui mène à la marina et poser un pied sur la terre vraiment ferme. Au moins atterrissons nous tranquillement, réfugiés dans ce petit moment entre 2 eaux : toujours en mer et déjà un peu à terre. Nous allons pouvoir dormir, dormir, dormir (quoique le capitaine a du mal à relâcher la pression et s’inquiète maintenant de la tenue de l’ancre, de l’évitement du bateau, de si, de mi…. mais heureusement seulement jusqu’au 3ème ti-punch !).

Quel bonheur d’avoir pu partager toutes ces émotions avec Doumé, qui n’avait jamais navigué et qui s’est montré le plus chouette, le plus courageux, le plus patient, le plus gentil … et le moins rancunier des équipiers, dans des conditions supposée être tellement paisibles et qui ont été tellement autres… (merci ma soeurette de nous l’avoir prêté à un moment où tu en avais pourtant tellement besoin à tes côtés !). Quel bonheur que Jo ait pu assurer ce lien iridium tellement rassurant avec la Terre et passer ainsi un peu de temps à nos côtés.

Nous sommes heureux ! Et tellement fiers de nos petits moussaillons qui, pas une fois en 13 jours, ne se sont plaints de cette longue et très remuante traversée,  pas une fois n’ont demandé quand nous arrivions, pas une fois n’ont soupiré qu’ils s’ennuyaient à mourir, qui ont travaillé courageusement leur cned, ballotés par les vagues, qui ont joué patiemment en regardant s’étirer les heures, qui ont su s’émerveiller de petits riens et ont fait de cette transatlantique le plus beau souvenir qu’on pouvait se fabriquer tous les cinq. Quand je pense à ce qu’ils sont parfois capables de nous infliger à terre… on va continuer de tourner autour de notre jolie planète !

Publié dans Journal de Bord, Transat... décembre 11 | 26 commentaires

8 – 21 décembre 2011 – Transatlantique

Mindelo – Santa Lucia

13 jours, 13 nuits et 13 heures pour 2108 milles nautiques d’océan, de vent et de vagues. Magique !!!!!!!!

Une transat c’est quoi ? Très approximativement résumé :

De l’eau, des vagues, du vent,

Du ciel bleu, du ciel gris, du ciel nuageux,

Des levers de soleil, des couchers de soleil

Des siestes,

Des jeux, des légos, des playmos,

Des ateliers arts plastiques, des ateliers cuisine,

Des quarts difficiles,

Des manœuvres de jour, des manœuvres de nuit,

Des douches à l’eau de mer, des douches à la lingette,

Des moments de réflexion,

Des moments chafouins (surtout chafouines) et des câlins

De beaux poissons,

Des grains,

Du cned,

Des nuits avec des ciels étoilés tellement beaux (on voit rien sur les photos mais c’est gravé dans nos têtes),

Une arrivée,

Et tellement plus encore … https://levoyagedezanzibar.com/2012/01/03/transat-journal-de-bord/

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Publié dans Journal de Bord, Transat... décembre 11 | 33 commentaires

30 novembre – 07 décembre 2011 – Sao Vincente

Nous quittons Tarrafal, toujours en compagnie du Bubu, avec une mer d’huile et juste un souffle d’air. Nickel pour avancer le cned : la série n° 3 d’évaluations, pas commencée, doit arriver avant-hier à la correction… Serions nous légèrement en retard ?

Marin investit le cockpit, nous nous installons sur le trampoline avec Théophile et Juliette. Que la vie est belle. On voit même une baleine ! (qui s’avère finalement être une petite barque de pêche… mais chut, faut pas le dire). Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes , nous nous approchons tranquillement de la pointe ouest de Sao Nicolao. Quand soudain….. Sans crier gare, l’évaluation de Marin s’envole dans les airs et prend la poudre d’escampette : n’écoutant que son courage, il s’éjecte d’un bond du cockpit et la sauve in extremis, au ras des filières. Dans le même temps, une jolie vague vient s’écraser avec fracas sur le livret d’éducation civile et morale de Juliette. Le temps de lever le nez, nous avons 30 nœuds de vent de travers et des vagues énormes !  Je me colle les bouquins sous un bras, Juju sous l’autre, ne quitte pas des yeux Théophile, et nous essayons de regagner l’arrière du bateau sans passer par dessus bord. Nous venons de découvrir à quel point l’inévitable effet venturi du vent entre les îles du Cap Vert peut être soudain et violent. On se fait bien secouer, mais on avance bien vite aussi. On dépasse les îlots de Raso, Branco et Santa Luzia, puis arrivons rapidement sur Sao Vincente.

Nous contournons le nord de l’île et les versants abrupts des montagnes qui se jetttent dans la mer, pour rejoindre Mindelo, bien abritée au fond d’une baie. La mer se calme mais le vent continue de souffler. Annette et Marc nous ont gardé un emplacement à côté de Lady A et nous guident depuis le bout du ponton, à grand renfort d’agitation de bras. Nous sommes tellement heureux de les retrouver enfin, même si ce n’est que pour une courte soirée : ils larguent les amarres demain. Beaucoup d’autres bateaux-copains sont déjà à quai : Modus, Vagabon, Alexïc (que nous n’avons pas vu depuis les Canaries), les incontournables belges de  Noix de Cajou… et Essentiel, qui part pour la transat pendant que nous nous amarrons ! Nous avons juste le temps d’échanger quelques mots au vol. Les enfants sont très déçus, ils attendaient de revoir Elliot et Loïg depuis septembre dernier…

Mindelo est une escale tout à fait étonnante : tous les bateaux à quai sont sur le départ, partout les équipages bricolent, courent, fignolent les détails, s’entraident… Des empilages de bidons d’eau et de coca encombrent les pontons devant les bateaux, un incessant va et vient de cartons, régimes de banane et autres victuailles animent la marina. Les journées sont entrecoupées par les départs : on va aider pour larguer les amarres, on prend les photos, on agite les mouchoirs… le cned a bien du mal à avancer !!

La ville est très attachante, pour peu qu’on ait le temps d’y balader. Ce qui nous est malheureusement bien difficile : le bateau demande beaucoup de préparation et l’école achève de nous bloquer. Les enfants ne font que des évaluations et craquent un peu, je ne fais que la maitresse et craque un peu, Manu ne fait que bricoler et craque un peu. En plus il fait un temps affreux… Youpi youpla.

Mais Jack et Zizi viennent nous sauver de notre dépression et donner à cette escale beaucoup de la chaleur cap verdienne. Jack nous enlève pour un petit tour de l’île (tellement belle !) avant d’aller diner dans leur jolie maison, un peu en dehors du brouhaha de la ville. Les enfants sont heureux d’avoir soudain autant d’espace pour courir et jouer : ils font de bruyantes parties de ballon avec Luis. Jack nous a préparé un traditionnel midje em grao et nous nous en régalons en pensant très fort à Tatu et Isa !! Quel délice. La soirée est merveilleuse. Zizi chante la morna et le temps suspend son vol. Pourquoi faut-il déjà partir pour les Caraïbes ? Pourquoi ne pas fêter Noël ici ?? On a envie de poser nos valises. Zizi nous offre son disque, nous pourrons encore rêver à bord en repensant à toutes ces belles étapes cap verdiennes.

Le beau temps revient peu à peu et les préparatifs avancent tranquillement (installation du nouveau pilote et paramètrages, vidanges des moteurs, changement des filtres et tout le bazar qui va avec, protection des haubans, vérification du gréement, passage d’une drisse supplémentaire dans le mât … et 23 évaluations à gérer…). Faute de temps, nous prenons la sage (mais douloureuse) décision d’annuler l’excursion sur Santo Antao, la plus belle île de tout le Cap Vert (c’est dire si c’est dommage !). Théophile (petit filou !) arrive quand même à s’y échapper avec les équipages du Bubu et de Losadamo. Nous repoussons aussi notre départ de 24 heures, histoire de ne pas reprendre la mer dans le speed.

Mardi 6 décembre : arrivée de Tonton Doumé ! C’est la fête !! Nous allons en délégation l’accueillir à l’aéroport . C’est un bonheur de retrouver un petit bout de famille, après ces longs mois loin de la smala. Malgré sa fatigue et le décalage horaire, nous le trainons avec les copains au Club Nautico (étonnant bistrot sans toit, repaire de marins d’eau douce et de navigateurs de tous poils), déguster une caperina (rhum, sucre et citrons !! miam miam) et grignoter un (mauvais) burger en écoutant de la musique live.

La dernière journée à l’est de l’atlantique passe en un éclair. Tout est à finir, et c’est ce qu’il y a de pire…  Chacun s’active pour que le bateau et l’équipage soient fin prêts à appareiller demain aux aurores, dans la joie et la bonne humeur. Il faut courir les épiceries et les marchés pour trouver de quoi survivre pendant 2 bonnes semaines : 20 paquets de pâtes d’un côté, 3 paquets de céréales de l’autre, quelques légumes frais… mais pas de viande, ni de fromage, ni de plein de trucs (pourvu que les poissons mordent à l’hameçon, sinon je crains une mutinerie alimentaire !). Nos errances dans Mindelo sont de vrais bonheurs de découvertes et de rencontres dont on ne se lasse jamais. Tout le Cap Vert nous aura vraiment charmé et c’est avec regret que nous le quitterons demain.

A 16 heures, après de longues journées à batailler ferme, je colle la dernière enveloppe du cned et me précipite à la poste… qui vient de fermer. Je contourne vite le bâtiment et attrappe au vol une des préposées qui s’en va. Devant ma mine dépitée, elle s’arrange avec le gardien pour retourner à son guichet et s’occuper de peser et timbrer notre précieux Graal. Les Cap Verdiens sont vraiment d’authentiques gentils.

Côté technique c’est la même course contre la montre. Doumé est jeté dans les cales moteur dès le matin et s’arrose allègrement de gasoil en essayant de changer les satanés préfiltres… Ils ont à peine le temps avec Manu d’aller faire un dernier tour en ville avant la nuit. On imaginait pourtant naïvement pouvoir aller flaner dans les rues pendant des heures. On va finir par croire que les journées ont été raccourcies sans qu’on nous prévienne. Quel scandale !

Il fait nuit quand on attaque le lessivage du pont, ça devient une habitude. Après des jours d’un vent de nord-ouest chargé d’une fine poussière noire, Zanzibar mérite un énergique coup de balai brosse. Pour le reste, on avisera en navigation : pas de temps à perdre en rangement et serpillère. Et puis ça a un petit côté aventurier, ce bazar omniprésent !

Les enfants sont surtout occupés à trainer avec les copains avant la longue séparation de la traversée. Le Bubu part en même temps que nous et nous devrions pouvoir rester en liaison radio pendant une partie du voyage. Nous ferons route sur la Barbade, que nous devrions atteindre dans 15 à 20 jours, selon les conditions météo que nous rencontrerons. A 3 équipiers, les quarts vont être plus faciles et plus sympas ! Le programme du cned va être adapté aux contraintes de navigation (surtout de l’oral, des révisions, du calcul mental et des conjugaisons..) afin que chacun profite à son rythme de cette expérience si particulière. On se rattrapera pendant les vacances de Noël !

Vos messages vont nous manquer et il nous tardera certainement d’arriver (d’autant que nous n’avons pas eu le temps de répondre à tous vos mails depuis Mindelo). Le temps semblera peut être long par moment, mais j’espère que nous aurons la patience de nous laisser vivre tranquillement au fil de l’eau (et aussi que nous ne seront pas secoués comme des malheureux, que nous n’aurons pas d’orage, pas de vilaines dépressions, pas de ris à prendre en pleine nuit, pas de brouillard, pas de soucis !!).

Difficile de réaliser que nous partons demain pour 2000 milles nautiques : c’est la distance que nous avons parcourue depuis que nous avons quitté Sète, il y a 2 mois et 4 jours ! Il nous semble être arrivés là presque par hasard, sautant d’îles en îles, d’archipel en archipel. Et maintenant on va traverser l’océan, vivre l’émotion d’une première transat, une merveilleuse parenthèse.  Doucement va loin !…

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27 – 30 novembre 2011 – Sao Nicolao

Arrivée au petit matin sur Tarrafal, après avoir longé les côtes escarpées à l’ouest de l’île. Nous mouillons devant le port de pêche, face à la plage de sable noir et de galets et les enfants sautent vite à l’eau pour aller d’un bateau à l’autre. Le village se réveille doucement, des femmes s’en vont nonchalamment au lavoir, portant leur linge sur la tête. Théophile et Nicolas s’aventurent au puits du village pour remplir quelques bidons.

Francili en pleine action...

La matinée est principalement consacrée au découpage de notre magnifique thazard et au dispach des filets sur les bateaux alentours : les ados, trop heureux de se promener en annexe et d’aller papoter par ci par là, se chargent sans râler de la mission. Nous faisons aussi connaissance avec l’hurluberlu local, Francili, un brin très allumé : après avoir fait un sketch sur Vagabon, il débarque comme un fou sur Zanzibar  (avec une annexe qui ne semble d’ailleurs pas lui appartenir) et monte à bord sans qu’on ait le temps de protester. Sur un ton limite menaçant, il annonce être « le chef de la police n° 2 » ( ???) et demande à voir les papiers du bateau. Mais la lecture du carnet de francisation ne le passionne finalement pas autant que savoir ce que nous avons pêché ce matin… Nous nous empressons de lui en offrir un morceau, pensant nous débarrasser ainsi de l’engin. Mais non… Il s’installe carrément dans le cockpit pour nous cuisiner un truc. Hallucinant. Il se met donc à couper  méticuleusement de très fines tranches de poisson avec ses mains tellement douteuses (pas besoin de douter d’ailleurs : elles sont extrêmement sales….), les dispose avec soin en patassant allègrement dans le plat, ajoute un filet d’huile d’olive et presse (en se lavant un peu les mimines au passages) une orange et un citron. Miam. Si on ajoute au tableau le pus qui coule de son oreille et les nombreuses plaies pas terribles qui parsèment son corps, on a de suite moins envie d’expériences culinaires locales ! Nous sommes sauvés in extremis quand il nous annonce qu’on ne peut malheureusement pas le déguster maintenant et qu’il faut attendre une vingtaine de minutes. Nous pourrons donc nous en débarrasser discrètement…

Après une l’inévitable journée passée à essayer (très inefficacement) de nous organiser entre l’épicerie, la boulangerie et le cyber-café (pas de connexion dispo sur le bateau), nous nous consacrons à la visite de l’île. N’ayant une fois encore pas pensé à réserver de voiture (c’était la mission des hommes…), nous nous retrouvons comme d’hab, à pied. Difficile cette fois de repousser l’excursion au lendemain. Nous nous rabattons donc sur un pick-up Aluguer qui accepte de nous balader toute la journée. Et bien nous en prend : il nous emmène dans des endroits que nous n’aurions sans doute pas trouvés sans lui.  Nous travaillons aussi notre portugais, c’est plus rigolo. Nous sommes maintenant quasi bilingues, à deux trois détails et subtilités de langage près : « Bonjour », « au revoir » et « merci » n’ont plus de secret pour nous. Pour le reste, on se débrouille comme on peut (Manu, tu serais fier de nous !).

Dragonnier

Nous sommes au Cap Vert TRES vert ! La route serpente à flan de montagne, entre de vertigineux précipices. Nous roulons cheveux au vent et ne savons plus où donner de la tête et du regard, tant les paysages sont beaux. Nous faisons une longue halte dans le magnifique parc naturel du Monte Gordo et partons marcher dans la montagne. Une adorable guide nous accompagne, ravie de parloter français : l’île ne reçoit que 2% de touristes et les occasions ne sont donc pas légion. Nous sommes dans la vallée des dragonniers, d’étonnants arbres ancestraux aux vertus médicinales. Les enfants sont très déçus, ils attendaient franchement autre chose en terme de dragon… Espèces endémiques et espèces importées par les portugais s’enchevêtrent harmonieusement : macela do gordo, torolho, cisal, conifères, maïs, tabac…  et même des caféiers !

Preguiça

Nous poursuivons notre chemin en direction de  Preguiça, petit village de pêcheurs sur la côte sud de l’île. Des pêcheurs sont en train de dépecer un requin-taupe et les enfants sont scotchés par le spectacle (pourtant pas terrible !). Il y a environ 500 ans, des navigateurs portugais sont partis de ce petit village  pour rallier le Brésil. C‘est en tout cas ce qu’on a cru comprendre des explications de notre chauffeur… Tandis que nous essayons de déchiffrer les inscriptions sur le monument érigé à leur mémoire, des enfants arrivent de tous côtés : l’école est à deux pas et c’est la récré.  Ils nous emmènent rencontrer leur maitresse, qui parle un peu français, et visiter leur salle de classe : toit de tôle et vieux pupitres, fenêtres qui s’ouvrent sur l’étendue infinie de l’océan, et les mêmes dessins d’enfants que sans doute partout dans le monde. Les « petits » de l’âge de Juliette vont en classe le matin, les plus grands l’après-midi. Quel dommage que nous ne puissions pas revenir demain pour passer plus de temps avec eux !

Ribeira Brava

Nous nous arrêtons ensuite à  Ribeira Brava et déambulons sans but dans les ruelles étroites et colorées. Le retour sur Tarrafal est venté et froid : nous découvrons les limites du pick-up (ou des âneries que nous pouvons encore faire à notre âge…)!

Encore un petit stop au « six-bières-café » pour une dernière connexion internet (et pour nous réchauffer) avant de partir demain pour Sao Vincente. Nous allons voir les gentils boulangers du village qui nous préparent de la farine pour emporter sur le bateau et faire de bons petits pains pendant la transat.

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22 – 26 novembre 2011 – Boa Vista

Je suis un peu (beaucoup) triste de quitter Palmeira ce matin. Nous devions rencontrer le professeur de l’école primaire et nous nous faisions une joie de pouvoir discuter avec les enfants du village. Mais les impératifs de navigation en ont décidé autrement ! Il faut partir tôt le matin pour rejoindre  absolument Boa Vista avant la nuit. Manu a pensé que me laisser à l’école ce matin risquait fort de nous obliger à reporter notre départ de 24 heures… Comme si j’étais du genre pipelette ! J’estime donc pouvoir me permettre une petite bouderie de protestation à l’encontre du capitaine (pas longtemps quand même, la navigation est trop belle pour la gâcher). J’espère très fort que nous retrouverons ailleurs l’ambiance si particulière de ce village hors du temps !

25 nœuds de vent plein travers nous propulsent sur les flots en direction de notre prochaine escale cap verdienne. Zanzibar fait du 8-9 nœuds avec 2 ris dans la grand voile. Le vent forcit encore un peu et quand nous nous posons  la question de rouler peut être un brin de génois, Juliette proteste avec véhémence : on se traine depuis le départ, il est hors de question de réduite la voilure  maintenant (sic !). Nous faisons de très jolies pointes à plus de 11 nœuds et, à ce rythme, arrivons rapidement à Boa Vista (j’aurais bien eu le temps d’aller à l’école de Palmeira !).

Brainstorming

Nous jetons l’ancre par 4 mètres de fond à peine. Le mouillage est venté, bien que pourtant abrité du vent de Nord-Ouest qui souffle sans faiblir, mais le paysage est plutôt sympathique et dépaysant : le village de Sal del Rei affiche ses maisons et ses barques de pêches colorées, puis la plage s’étend loin au sud, déroulant ses dunes de sable fin au dessus des eaux turquoises. Nous sommes sous le charme. Quelques cabanes sur la plage témoignent de l’orientation touristique de l’île : nous profiterons d’ailleurs sans scrupule des terrasses ombragées pour réfléchir à notre avenir en sirotant des bières, pendant que les enfants se rouleront inlassablement dans le sable.

L’île de Boa Vista est souvent définie comme un petit bout de Sahara perdu au milieu de l’atantique. Après une journée à trainer nos tongues dans le village, en repérage de boulangerie, épicerie, restaus et bistrots, les enfants ont des envies de désert et d’aventure : nous louons des pickups pour emmener tout notre petit monde en balade (3 bateaux, 6 adultes, 6 enfants et un (gros) chien).  Et quelle balade !!

Direction le Sud de l’île, plage de Curralinho, surnommée Santa Monica pour sa ressemblance avec la plage californienne. 10 km de sable blanc, de rivages turquoises, de petites falaises déchiquetées par la mer. C’est magnifique (si ce n’était un énorme complexe touristique à l’architecture un peu étrange, quoiqu’assez discrète, comme sortie des sables). Nous papotons avec un chauffeur de taxi qui promène des touristes et qui nous propose de le suivre dans les dunes jusqu’à la plage aux tortues (qui ne sont plus là en cette saison mais ont laissé quand même quelques trous dans le sable). Les gosses prennent l’air, accrochés à l’arrière des pick-up,  on ne voit plus que leur sourire !

Nous longeons ainsi la côte sur de nombreux kilomètres de piste, nous arrêtant souvent admirer un coin de plage ou un coin de bush. Le contraste des couleurs est saisissant entre la roche brune, le sable tellement blanc, les étendues de pierres noires, les larges vallées où de profondes rigoles creusées dans la terre témoignent de la présence d’on ne sait quelle rivière asséchée ou pluie torrentielle, les arbres qui luttent pour survivre dans ce décor aride, les palmiers…  Nous quittons la piste en fin de matinée et commençons à remonter vers le nord. Nous faisons halte dans le village de Fundo das Figueras et trouvons un tout petit restaurant fort sympathique où nous restaurer : poulet ou cabri local, petits légumes parfumés et même d’excellentes frites maison (nos ados en recommandent 3 plats rien que pour eux, ils ont du mal à suivre en cuisine !).

Avant de rentrer sur Sal Rei, nous ne pouvons pas résister au détour obligé par le Deserto de Viana et allons nous amuser comme des petits fous (4×4, roulades et acrobaties) dans les dunes. On repense au campement de Lampoul (avec un peu plus d’arbres quand même !).

Les enfants sont heureux et …. poussiéreux ! Nous n’échappons pas aux yeux qui piquent et qui grattent le lendemain…  On doit assurer le cned avec le collyre à portée de paupières !

Nous reprenons la mer en fin de journée pour naviguer de nuit : 90 nautiques nous séparent de Sao Nicolao, notre prochaine escale, soit une petite vingtaine d’heures. Le vent, 20-25 nœuds de travers, nous permet de belles pointes (Juliette est contente, les yeux rivés sur le speedo à attendre le record). La mer, de travers, nous permet de bien ranger le bateau : tout ce qui trainait vole et trouve ainsi sa place un étage plus bas. Pratique. (On arrête la cafetière à temps, elle ne nous fera pas le coup 2 fois !). Entre ceux qui résistent et ceux qui s’endorment, le diner est un peu désorganisé : chacun se débrouille quand il émerge. On avance tellement bien qu’il nous faut même réduire un peu la toile pour ne pas atterrir dans le noir complet à Tarrafal.  Un petit coup de vague « pétole » avant le lever du soleil  achève de nous ralentir.  Manu en profite pour pêcher un ENORME poisson ! On ne sait pas quoi, mais c’est vraiment imposant : 150 cm, 15 à 20 kg ! Heureusement que la pauvre bête est déjà occise en arrivant à bord, elle échappe ainsi au  carnage de notre technique (très peu au point encore) de mise à mort… Du coup on peut se consacrer pleinement au lever du soleil sur les montagnes de Sao Nicolao. C’est juste splendide.

Crédit (jolies) photo Boa Vista : adorable Laura, sur Le Bubu.

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20 – 21 novembre 2011 – Ilha do Sal …

… tranquille, tranquille

L’archipel du Cap Vert se compose des îles au vent (Barlovento), et des îles sous le vent (Sotavento). Sal se trouve tout au nord des îles au vent mais le mouillage de Palmeira sur la côte ouest, est très bien abrité des alizés et protégé de la houle. C’est l’exploitation, entre le 18ème et le début du 20 ème siècle, d’ importantes mines de sel qui a donné son nom à l’île. L’industrie autrefois florissante est aujourd’hui à l’abandon et c’est maintenant le tourisme balnéaire qui assure le développement économique de l’île, notamment dans le sud. On peut visiter les étonnants vestiges des salines de Pedra de Lume, à l’intérieur du cratère d’un ancien volcan (mais on l’a appris trop tard !).

Il semblerait que le cours du temps ne reprenne pas à Palmeira comme ailleurs…  On a l’impression d’avoir posé nos valises, on pourrait rester à trainer dans les rues pendant des jours et des jours !

Paul fait le plein d'eau (300 litres en bidons...)

L’incontournable Paul est un lien formidable avec la population : tout devient facile et paisible. Entre le quai des pêcheurs et la petite place du bar d’Arminda, toutes les solutions à tous nos problèmes techniques se trouvent. C’est l’empire de la bricole : on démonte d’un côté pour remonter de l’autre, on déshabille l’un pour habiller l’autre, système parfois assez étonnant mais incroyablement efficace ! Tranquille.

Nous accomplissons les formalités d’entrée sur le territoire au poste de police de Palmeira. Inutile d’aller courir jusqu’à l’aéroport comme indiqué dans les guides de navigation : il suffit d’avoir la journée devant soi et de savoir attendre patiemment , sans s’énerver, que la police locale ait terminé le match de foot à la télé, puis la partie de carte, puis que l’immigration s’annonce à 15 heures, puis finalement pour le « lendemain désolé vous ne pouvez pas récupérer les papiers »,  puis finalement pour « aujourd’hui  mais on sait pas quand », puis finalement pour « ils sont là faut venir maintenant  tout de suite récupérer les passeports ».  Tranquille.

en route pour Espargos

Nous empruntons les « aluguer » quand nous voulons rejoindre Espargos, la capitale de l’île, à quelques kilomètres : ces mini-vans, moumoute sur le tableau de bord et fenêtres ouvertes déversant un flot continu de musiques plus ou moins écoutables, s’arrêtent en klaxonnant tous les 20 mètres pour essayer de remplir leur bonne douzaine de sièges. Tarif unique (50 cents) et destination en fonction des passagers, nous nous en remettons chaque fois à notre bonne étoile pour s’être fait comprendre et arriver à bon port, en un temps absolument immaitrisable ! Mais nous avons tout le temps. Tranquille.

Les épiceries de Palmeira, tout comme celles d’Espargos, semblent rencontrer les mêmes difficultés d’approvisionnement que nous : c’est un peu hétéroclite et il manque toujours ce qui nous manque à nous aussi ! On visite donc toutes les échoppes au hasard de nos promenades et finissons quand même par vaguement reconstituer nos maigres réserves (une boite par ci, 2 tomates par là, le pain par ci, 3 yaourts par là)… Tranquille.

arrivée des pêcheurs

Le week-end, des enfants envahissent le quai des pêcheurs et se jettent sur toutes les annexes qui s’approchent pour aider à les amarrer et à débarquer.  L’accès se résumant à un bout de quai d’environ 4 mètres où doivent s’entasser les dinghys de dizaines de bateau au mouillage, le coup de main est souvent bien utile. Mais on aurait préféré avoir un stock de bonbons à distribuer plutôt que des escudos…  Nous y faisons la connaissance d’un sympathique petit bonhomme d’une dizaine d’années, une bouille à croquer, tout en sourire, éclats de rire, morve au nez et yeux infectés. Paul nous apprend qu’il n’a pas de parents ici (on ne sait pas ce que cela signifie exactement) et que les habitants s’en occupent plus ou moins, une fois par ci, une fois par là. Il est même proposé à Modus Vivendi de l’embarquer !! Comme nous ne le voyons pas le lundi, nous en déduisons qu’il va quand même à l’école.

Café d'Arminda

Le tout petit bar d’Arminda est l’incontournable point de rencontre du village : on a l’impression d’être à la fontaine à Mandagout ! Les gens vont et viennent, s’installent pour quelques minutes ou quelques heures, tout le monde parle avec tout le monde comme si on se connaissait depuis belle lurette. Les navigateurs de passage, ceux qui ne sont jamais repartis, les gens du coin avec leur quelques mots de français (ou pas, on se débrouille quand même)… Michel, Vladimir, Youri, Joseph, et tous ceux dont on ne connaîtra même pas le nom. Paul y sort aussi parfois sa guitare à la nuit tombée pour nous régaler de sa chaude voix. Saudade, saudade… On en oublie les enfants, restés sur les bateaux, qui nous appellent vers 21 heures à la VHF parce que, quand même, ils ont un peu faim ! Et hop, un petit restau pour se rattraper. Tranquille.

Premières photos…

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14 – 19 novembre 2011 – traversée Canaries – Cap Vert

14 novembre

Nous quittons sans bruit la Marina San Miguel,  avant même  le lever du jour.  La mer est belle et le dernier souffle du vent d’ouest qui s’est levé hier nous accompagne (bien qu’assez faiblement). Nous attendons avec impatience la bascule sur les alizés, imaginant assez naïvement que nous allons pouvoir naviguer à la voile et au portant jusqu’au Cap Vert. Douce euphorie du départ (ou du débutant ?).

Juliette. si, si !

7 heures plus tard, lassés d’attendre en se trainant lamentablement un vent qui ne s’établit jamais, nous remettons les moteurs. Le moral en pâtit sérieusement et le capitaine nous affiche une mine des mauvais jours peu engageante…  Nous n’engageons donc pas grand chose : ni cned, ni jeux, ni discussions métaphysiques… Même les poissons préfèrent rester loin des lignes. Tout le monde râle pour rien (ou pas grand chose), c’est tout à fait passionnant la vie au grand air ! Trop de vagues, pas assez de vent, fichiers météo de m…., grand voile pas stable, pas de déssal, pas de spi, pas de gennaker, que des trucs qui tombent en panne, pas le temps de se poser… la liste s’allonge vertigineusement ! Pauvre Zanzibar, il en prend pour son grade. Pompon de la cerise sur le gateau, le feu de hune tombe en panne et le feu de nav tribord, en tête de mât, ne semble pas s’allumer normalement… Mystère et boule de gomme. Comme on n’envisage pas de monter dans le mât alors qu’il fait nuit, nous resterons d’autant plus vigilants à la veille. Laissons passer une bonne nuit de sommeil  (découpée en tranchettes de 4 heures max), nous y verrons certainement plus clair demain !

15 novembre

Nous sommes tellement seuls sur l’eau que Manu a tenté cette nuit pour la première fois la veille somnolente : réveil toutes les 20 minutes pour un tour des instruments et un tour du bateau. Zéro problemo. Moi je continue bêtement la veille éveillée…

Nous hissons la grand voile au petit matin, profitant d’un regain d’énergie d’éole. Mais nous avons toujours des difficultés à régler correctement  la toile avec ce vent qui nous arrive au 150 °  et les performances ne sont pas terribles.  Le temps de nous amuser à différentes combinaisons, les conditions faiblissent à nouveau et nous  contraignent à remettre un moteur.

La houle s’est aussi un peu calmée. Nous nous précipitons aux fourneaux (lasagnes !) et enchaînons les séances de cned à l’oral (écrire reste encore parfois un exercice périlleux). Nous sommes interrompus par le spectacle grandiose d’une bande de dauphins qui semblent vouloir nous accompagner un bout de chemin : ils jouent longtemps dans les sillages de Zanzibar, puis sautent à quelques centimètres de étraves ! C’est magnifique !

Pas de bricolage aujourd’hui et le moral du capitaine s’en porte bien mieux ! Il se lance avec les enfants dans des parties de Regatta endiablées (merci Karine et Lionel  pour ce très joli jeu !).

Le temps se couvre à mesure que la journée avance et nous voyons même quelques grains se profiler sur l’écran radar après la tombée de la nuit.  Zanzibar passe entre les gouttes, mais il fait très sombre et la lune ne perce que très rarement la couche cotonneuse qu’on devine sur notre tête. Et toujours pas de vent correct.

16 novembre

Joyeux anniversaire mamie Nicole ! Manu arrive à la joindre sur l’iridium, on se sent un peu moins seuls au milieu de l’eau. Le vent s’est levé en fin de nuit, affichant un 20 nœuds bien établi : nous remettons la grand voile et coupons enfin les moteurs !

Réveil tonitruant pour les enfants, que j’appelle au secours depuis le poste de barre : un poisson ENORME se débat au bout de la ligne et je ne risque pas de le remonter toute seule à mains nues. Manu, qui vient de retourner se coucher, arrive à la rescousse et hisse à bord une magnifique dorade coryphène. Pendant qu’on contient difficilement l’excitation de Marin et de Juliette dans le cockpit, Théophile essaie d’abréger les souffrances de l’animal. Impossible de retrouver la « barre-à-assommer-le-poiscaille », il essaie donc comme il peut (et avec courage !) … au gros couteau de cuisine.  Manu ligote la Bête qui se tord, s’agite et essaie frénétiquement de retourner à la mer. Théophile vise la tête (du poisson) mais j’ai vraiment peur pour ses pieds (à lui !). Et j’ai raison : dans un dernier sursaut, notre belle dorade lui croque les orteils !… Vision d’horreur que cette lutte acharnée au petit matin, alors que les vagues font rouler le bateau et que le sang gicle partout sur le passage arrière… Mais quel trophée : 1 mètre tout rond (ou tout long), presque une Juliette ! Et  presque plus lourd que notre sirène. On va manger du poisson pendant 3 jours au moins.

Des nuages nous cachent le soleil toute la matinée, rafraichissant franchement l’atmosphère. Entre 2 découpages de darnes de dorade et quelques séances de cned, nous testons toutes les combinaisons possibles pour améliorer les performances de Zanzibar vent arrière : génois seul, GV + génois, GV avec 1 ou 2 ris, puis 3, voiles en ciseau, pas en ciseau… Ca occupe.  Pas de trouvaille miracle mais nous avançons !

14h05 : le GPS affiche 23°28’00’’N. Nous franchissons fièrement le tropique du Cancer !!  A nous le soleil, la mer bleue et les destinations exotiques !! Même si pour le moment nous nous contentons plutôt des polaires, sur une eau à 21 °C bien sombre et agitée… nous rêvons plages de sable fin et cocotiers en passant le temps : gâteau d’anniv pour mamie, jeux, sieste…

17 novembre

Belle journée ensoleillée et enfin un peu plus ventée. Ca n’aplatit pas la mer, évidemment, mais on peut vraiment filer, voiles en ciseaux.

Modus Vivendi nous contacte sur iridium et nous donne les positions des uns et des autres. C’est chouette d’avoir des nouvelles alors que nous n’avons pas croisé âme qui vive depuis 3 jours, mis à part un cargo au loin sur l’horizon et un voilier à quelques milles, signalé sur l’AIS mais que nous n’avons même pas vu de visu…

opération pain

Marin et Juliette s’attaquent à notre première fournée de pain et contre toute attente, c’est plutôt réussi !

Jo et Isa nous passent aussi un petit coup d’iridium : ca fait chaud au cœur avant d’entrer dans notre 4ème nuit de navigation. Je crois, bien sincèrement, qu’on serait bien allé déguster le beaujolais nouveau avec eux, qu’on adorerait passer une vraie nuit d’au moins 6 heures dans un vrai lit qui ne bouge pas, après avoir pris une douche chaude de plus d’un litre et qui ne sorte pas de la bouilloire, et mangé sans tenir son assiette et son verre en même temps que ses couverts (dans le grand vide de printemps du bateau, j’ai bêtement balancé les systèmes anti-dérapants…). Dire qu’on aurait pu partir des Antilles, passer 2 mois avec Anne et Philippe en attendant tranquillement la fin de la saison cyclonique, trainer lamentablement de plage en plage en sirotant des mojitos… Mais qui donc a insisté pour la transat, arguant que c’était le voyage de notre vie et tutti quanti ??? Certainement une fille qui, finalement, n’avait pas fait beaucoup de quart de nuit dans toute sa vie et avait du trouver ça tellement magique et poétique, cette mer d’huile scintillant sous la pleine lune (bref, un truc de fille, quoi). Je n’avais pas pensé que la lune n’est pas toujours haute dans le ciel, que les nuits sont parfois tellement noires qu’on ne voit pas la mer autour du bateau, que la houle ne s’arrête jamais ô grand jamais, qu’un force 6-7 est beaucoup plus impressionnant dans le noir… et qu’on n’a encore rien vu ! Mais heureusement que je n’y avait pas pensé, sinon nous ne serions pas là, ce serait dommage.

Marin en pleine évaluation de sieste

Nous sommes surpris que les enfants ne se plaignent pas de ces longues journées de navigation et qu’ils soient si « paisibles » : ils s’occupent avec rien ou pas grand chose, inventent des jeux, se chamaillent… Les mouvements du bateau et le bruit violent des vagues ne les détournent pas de leur petite vie, ils ramassent ce qui est tombé, rattrapent au vol ce qu’ils peuvent, et recommencent à jouer sans se poser plus de question.  Ce qui ne les empêche pas non plus d’évoquer souvent tout ce  qu’ils feront dès qu’on retrouvera la maison…  et de s’inquiéter de leur liste au Père Noël !

Vivement les mouillages forains et les baignades ! Et vivement que tonton Doumé rejoigne notre petit équipage ! Tu verras Doumé, la nuit, c’est magnifique : la pleine lune éclaire la mer d’huile, c’est bô ! Si, Si.

18 novembre

Joyeux anniversaire Tatie ! Désolée, tu n’auras pas de gâteau, une flemme hallucinante a atteint tout l’équipage… Depuis 2 jours déjà une houle forte et hachée rend tous les mouvements pénibles et fatigants. Pas de cned (même à l’oral), repas réduits au strict minimum (on tape direct dans le plat  pour limiter la vaisselle), on regarde les grosses vagues et on laisse passer le temps. Les enfants fabriquent des bracelets brésiliens pendant des heures et reprennent inlassablement le jeu de rôles inventé avec Jules et Billy avant notre départ. Nous poursuivons nos essais de réglage des voiles et avançons suffisamment rapidement pour commencer à envisager sérieusement une arrivée demain soir (et s’éviter ainsi une nuit de veille supplémentaire).

Le vent forcit encore dans la nuit (et la mer itou…), dépassant les 30 nœuds dans les rafales. L’allure au portant est difficile à garder en faisant du cap et nous prenons les vagues un peu trop de côté. Le plein vent arrière nous éloignerait aussi de notre route et le risque d’empannage nous stresserait toute la nuit. Nous affalons donc la grand voile vers 22 heures et laissons le génois travailler quasi en solo, avec juste un peu de moteur pour l’aider (et ne pas faire chuter notre belle moyenne, si difficilement acquise !).

 19 novembre

petit poisson volant

C’est Pâques sur Zanzibar : des cloches un peu folles ont largué des poissons volants un peu partout sur le pont ! Dommage qu’ils ne soient pas en chocolat, notre stock de Milka et (pâles) imitations ne sera bientôt plus… Qu’allons nous devenir ?

Toujours autant de vent (et de mer !). Nous sommes à 60 nautiques de l’île de Sal et pouvons raisonnablement envisager d’être ce soir au mouillage avec les copains. C’est fou comme soudain tout est plus léger, une douce euphorie gagne l’équipage.

Moteur coupé et sous génois seul, nous réalisons que nous filons facilement à 6-7 noeuds, regrettant un peu d’avoir enduré le lancinant ronron Volvo toute la nuit pour pas grand chose. Il nous reste encore beaucoup à apprendre !

terre ! terre !

L’île de Sal tarde à se montrer. Il faut attendre le début d’après-midi pour la deviner sur l’horizon brumeux et pouvoir s’écrier TERRE ! TERRE !. Pourquoi est-ce si difficile de réaliser que nous arrivons au Cap Vert, escale tant rêvée et imaginée, dernier arrêt de ce côté de l’atlantique ? Pourquoi tout semble tellement naturel et évident ? Nous n’avons pas du être suffisemment longtemps en mer. Ou nous sommes vraiment très fatigués…

Nous contournons l’île par l’ouest pour rejoindre le mouillage du petit port de Palmeira, que nous atteignons vers 18 heures. Atterrissage « sportif » : nous bataillons avec l’enrouleur du génois et nous galérons tellement que nous devons l’affaler à l’arrache sur le trampoline (ce ne sera finalement qu’un petit problème de tension, vite réglé).

Quelle émotion que ces arrivées après quelques jours de navigation : nous sortons doucement de notre bulle, le temps reprend peu à peu son cours tranquille. Instant magique.

Nous retrouvons les bateaux copains et partons vite découvrir le village (et partager une bière bien fraiche !). C’est samedi (et fête !), l’effervescence est grande sur le port et dans les rues. Nous nous laissons happer par l’atmosphère, l’agitation bruyante et colorée.

Les copains, arrivés la veille, ont déjà pris leurs marques (le bar d’Arminda !) et activé leur réseau : l’homme de toutes les situations s’appelle Paul et parle français. Eau, gasoil, office de tourisme, plan de ville, traducteur, gardien de bateau… Steph lui a déjà commandé 300 litres d’eau douce pour remplir nos réservoirs (bien que nous n’ayons consommé que 240 litres en 5 jours et demi de nav !). Comme il est doux de se laisser bercer par l’ambiance !

Nous rentrons à la nuit tombée sur Zanzibar, épuisés. Mais une vraie grande nuit de sommeil nous attend ! Quel bonheur !

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Publié dans Cap Vert... novembre-décembre 11, Journal de Bord | 10 commentaires