14 – 19 novembre 2011 – traversée Canaries – Cap Vert

14 novembre

Nous quittons sans bruit la Marina San Miguel,  avant même  le lever du jour.  La mer est belle et le dernier souffle du vent d’ouest qui s’est levé hier nous accompagne (bien qu’assez faiblement). Nous attendons avec impatience la bascule sur les alizés, imaginant assez naïvement que nous allons pouvoir naviguer à la voile et au portant jusqu’au Cap Vert. Douce euphorie du départ (ou du débutant ?).

Juliette. si, si !

7 heures plus tard, lassés d’attendre en se trainant lamentablement un vent qui ne s’établit jamais, nous remettons les moteurs. Le moral en pâtit sérieusement et le capitaine nous affiche une mine des mauvais jours peu engageante…  Nous n’engageons donc pas grand chose : ni cned, ni jeux, ni discussions métaphysiques… Même les poissons préfèrent rester loin des lignes. Tout le monde râle pour rien (ou pas grand chose), c’est tout à fait passionnant la vie au grand air ! Trop de vagues, pas assez de vent, fichiers météo de m…., grand voile pas stable, pas de déssal, pas de spi, pas de gennaker, que des trucs qui tombent en panne, pas le temps de se poser… la liste s’allonge vertigineusement ! Pauvre Zanzibar, il en prend pour son grade. Pompon de la cerise sur le gateau, le feu de hune tombe en panne et le feu de nav tribord, en tête de mât, ne semble pas s’allumer normalement… Mystère et boule de gomme. Comme on n’envisage pas de monter dans le mât alors qu’il fait nuit, nous resterons d’autant plus vigilants à la veille. Laissons passer une bonne nuit de sommeil  (découpée en tranchettes de 4 heures max), nous y verrons certainement plus clair demain !

15 novembre

Nous sommes tellement seuls sur l’eau que Manu a tenté cette nuit pour la première fois la veille somnolente : réveil toutes les 20 minutes pour un tour des instruments et un tour du bateau. Zéro problemo. Moi je continue bêtement la veille éveillée…

Nous hissons la grand voile au petit matin, profitant d’un regain d’énergie d’éole. Mais nous avons toujours des difficultés à régler correctement  la toile avec ce vent qui nous arrive au 150 °  et les performances ne sont pas terribles.  Le temps de nous amuser à différentes combinaisons, les conditions faiblissent à nouveau et nous  contraignent à remettre un moteur.

La houle s’est aussi un peu calmée. Nous nous précipitons aux fourneaux (lasagnes !) et enchaînons les séances de cned à l’oral (écrire reste encore parfois un exercice périlleux). Nous sommes interrompus par le spectacle grandiose d’une bande de dauphins qui semblent vouloir nous accompagner un bout de chemin : ils jouent longtemps dans les sillages de Zanzibar, puis sautent à quelques centimètres de étraves ! C’est magnifique !

Pas de bricolage aujourd’hui et le moral du capitaine s’en porte bien mieux ! Il se lance avec les enfants dans des parties de Regatta endiablées (merci Karine et Lionel  pour ce très joli jeu !).

Le temps se couvre à mesure que la journée avance et nous voyons même quelques grains se profiler sur l’écran radar après la tombée de la nuit.  Zanzibar passe entre les gouttes, mais il fait très sombre et la lune ne perce que très rarement la couche cotonneuse qu’on devine sur notre tête. Et toujours pas de vent correct.

16 novembre

Joyeux anniversaire mamie Nicole ! Manu arrive à la joindre sur l’iridium, on se sent un peu moins seuls au milieu de l’eau. Le vent s’est levé en fin de nuit, affichant un 20 nœuds bien établi : nous remettons la grand voile et coupons enfin les moteurs !

Réveil tonitruant pour les enfants, que j’appelle au secours depuis le poste de barre : un poisson ENORME se débat au bout de la ligne et je ne risque pas de le remonter toute seule à mains nues. Manu, qui vient de retourner se coucher, arrive à la rescousse et hisse à bord une magnifique dorade coryphène. Pendant qu’on contient difficilement l’excitation de Marin et de Juliette dans le cockpit, Théophile essaie d’abréger les souffrances de l’animal. Impossible de retrouver la « barre-à-assommer-le-poiscaille », il essaie donc comme il peut (et avec courage !) … au gros couteau de cuisine.  Manu ligote la Bête qui se tord, s’agite et essaie frénétiquement de retourner à la mer. Théophile vise la tête (du poisson) mais j’ai vraiment peur pour ses pieds (à lui !). Et j’ai raison : dans un dernier sursaut, notre belle dorade lui croque les orteils !… Vision d’horreur que cette lutte acharnée au petit matin, alors que les vagues font rouler le bateau et que le sang gicle partout sur le passage arrière… Mais quel trophée : 1 mètre tout rond (ou tout long), presque une Juliette ! Et  presque plus lourd que notre sirène. On va manger du poisson pendant 3 jours au moins.

Des nuages nous cachent le soleil toute la matinée, rafraichissant franchement l’atmosphère. Entre 2 découpages de darnes de dorade et quelques séances de cned, nous testons toutes les combinaisons possibles pour améliorer les performances de Zanzibar vent arrière : génois seul, GV + génois, GV avec 1 ou 2 ris, puis 3, voiles en ciseau, pas en ciseau… Ca occupe.  Pas de trouvaille miracle mais nous avançons !

14h05 : le GPS affiche 23°28’00’’N. Nous franchissons fièrement le tropique du Cancer !!  A nous le soleil, la mer bleue et les destinations exotiques !! Même si pour le moment nous nous contentons plutôt des polaires, sur une eau à 21 °C bien sombre et agitée… nous rêvons plages de sable fin et cocotiers en passant le temps : gâteau d’anniv pour mamie, jeux, sieste…

17 novembre

Belle journée ensoleillée et enfin un peu plus ventée. Ca n’aplatit pas la mer, évidemment, mais on peut vraiment filer, voiles en ciseaux.

Modus Vivendi nous contacte sur iridium et nous donne les positions des uns et des autres. C’est chouette d’avoir des nouvelles alors que nous n’avons pas croisé âme qui vive depuis 3 jours, mis à part un cargo au loin sur l’horizon et un voilier à quelques milles, signalé sur l’AIS mais que nous n’avons même pas vu de visu…

opération pain

Marin et Juliette s’attaquent à notre première fournée de pain et contre toute attente, c’est plutôt réussi !

Jo et Isa nous passent aussi un petit coup d’iridium : ca fait chaud au cœur avant d’entrer dans notre 4ème nuit de navigation. Je crois, bien sincèrement, qu’on serait bien allé déguster le beaujolais nouveau avec eux, qu’on adorerait passer une vraie nuit d’au moins 6 heures dans un vrai lit qui ne bouge pas, après avoir pris une douche chaude de plus d’un litre et qui ne sorte pas de la bouilloire, et mangé sans tenir son assiette et son verre en même temps que ses couverts (dans le grand vide de printemps du bateau, j’ai bêtement balancé les systèmes anti-dérapants…). Dire qu’on aurait pu partir des Antilles, passer 2 mois avec Anne et Philippe en attendant tranquillement la fin de la saison cyclonique, trainer lamentablement de plage en plage en sirotant des mojitos… Mais qui donc a insisté pour la transat, arguant que c’était le voyage de notre vie et tutti quanti ??? Certainement une fille qui, finalement, n’avait pas fait beaucoup de quart de nuit dans toute sa vie et avait du trouver ça tellement magique et poétique, cette mer d’huile scintillant sous la pleine lune (bref, un truc de fille, quoi). Je n’avais pas pensé que la lune n’est pas toujours haute dans le ciel, que les nuits sont parfois tellement noires qu’on ne voit pas la mer autour du bateau, que la houle ne s’arrête jamais ô grand jamais, qu’un force 6-7 est beaucoup plus impressionnant dans le noir… et qu’on n’a encore rien vu ! Mais heureusement que je n’y avait pas pensé, sinon nous ne serions pas là, ce serait dommage.

Marin en pleine évaluation de sieste

Nous sommes surpris que les enfants ne se plaignent pas de ces longues journées de navigation et qu’ils soient si « paisibles » : ils s’occupent avec rien ou pas grand chose, inventent des jeux, se chamaillent… Les mouvements du bateau et le bruit violent des vagues ne les détournent pas de leur petite vie, ils ramassent ce qui est tombé, rattrapent au vol ce qu’ils peuvent, et recommencent à jouer sans se poser plus de question.  Ce qui ne les empêche pas non plus d’évoquer souvent tout ce  qu’ils feront dès qu’on retrouvera la maison…  et de s’inquiéter de leur liste au Père Noël !

Vivement les mouillages forains et les baignades ! Et vivement que tonton Doumé rejoigne notre petit équipage ! Tu verras Doumé, la nuit, c’est magnifique : la pleine lune éclaire la mer d’huile, c’est bô ! Si, Si.

18 novembre

Joyeux anniversaire Tatie ! Désolée, tu n’auras pas de gâteau, une flemme hallucinante a atteint tout l’équipage… Depuis 2 jours déjà une houle forte et hachée rend tous les mouvements pénibles et fatigants. Pas de cned (même à l’oral), repas réduits au strict minimum (on tape direct dans le plat  pour limiter la vaisselle), on regarde les grosses vagues et on laisse passer le temps. Les enfants fabriquent des bracelets brésiliens pendant des heures et reprennent inlassablement le jeu de rôles inventé avec Jules et Billy avant notre départ. Nous poursuivons nos essais de réglage des voiles et avançons suffisamment rapidement pour commencer à envisager sérieusement une arrivée demain soir (et s’éviter ainsi une nuit de veille supplémentaire).

Le vent forcit encore dans la nuit (et la mer itou…), dépassant les 30 nœuds dans les rafales. L’allure au portant est difficile à garder en faisant du cap et nous prenons les vagues un peu trop de côté. Le plein vent arrière nous éloignerait aussi de notre route et le risque d’empannage nous stresserait toute la nuit. Nous affalons donc la grand voile vers 22 heures et laissons le génois travailler quasi en solo, avec juste un peu de moteur pour l’aider (et ne pas faire chuter notre belle moyenne, si difficilement acquise !).

 19 novembre

petit poisson volant

C’est Pâques sur Zanzibar : des cloches un peu folles ont largué des poissons volants un peu partout sur le pont ! Dommage qu’ils ne soient pas en chocolat, notre stock de Milka et (pâles) imitations ne sera bientôt plus… Qu’allons nous devenir ?

Toujours autant de vent (et de mer !). Nous sommes à 60 nautiques de l’île de Sal et pouvons raisonnablement envisager d’être ce soir au mouillage avec les copains. C’est fou comme soudain tout est plus léger, une douce euphorie gagne l’équipage.

Moteur coupé et sous génois seul, nous réalisons que nous filons facilement à 6-7 noeuds, regrettant un peu d’avoir enduré le lancinant ronron Volvo toute la nuit pour pas grand chose. Il nous reste encore beaucoup à apprendre !

terre ! terre !

L’île de Sal tarde à se montrer. Il faut attendre le début d’après-midi pour la deviner sur l’horizon brumeux et pouvoir s’écrier TERRE ! TERRE !. Pourquoi est-ce si difficile de réaliser que nous arrivons au Cap Vert, escale tant rêvée et imaginée, dernier arrêt de ce côté de l’atlantique ? Pourquoi tout semble tellement naturel et évident ? Nous n’avons pas du être suffisemment longtemps en mer. Ou nous sommes vraiment très fatigués…

Nous contournons l’île par l’ouest pour rejoindre le mouillage du petit port de Palmeira, que nous atteignons vers 18 heures. Atterrissage « sportif » : nous bataillons avec l’enrouleur du génois et nous galérons tellement que nous devons l’affaler à l’arrache sur le trampoline (ce ne sera finalement qu’un petit problème de tension, vite réglé).

Quelle émotion que ces arrivées après quelques jours de navigation : nous sortons doucement de notre bulle, le temps reprend peu à peu son cours tranquille. Instant magique.

Nous retrouvons les bateaux copains et partons vite découvrir le village (et partager une bière bien fraiche !). C’est samedi (et fête !), l’effervescence est grande sur le port et dans les rues. Nous nous laissons happer par l’atmosphère, l’agitation bruyante et colorée.

Les copains, arrivés la veille, ont déjà pris leurs marques (le bar d’Arminda !) et activé leur réseau : l’homme de toutes les situations s’appelle Paul et parle français. Eau, gasoil, office de tourisme, plan de ville, traducteur, gardien de bateau… Steph lui a déjà commandé 300 litres d’eau douce pour remplir nos réservoirs (bien que nous n’ayons consommé que 240 litres en 5 jours et demi de nav !). Comme il est doux de se laisser bercer par l’ambiance !

Nous rentrons à la nuit tombée sur Zanzibar, épuisés. Mais une vraie grande nuit de sommeil nous attend ! Quel bonheur !

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Cet article a été publié dans Cap Vert... novembre-décembre 11, Journal de Bord. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour 14 – 19 novembre 2011 – traversée Canaries – Cap Vert

  1. Cécile dit :

    …bon vous n’aurez pas très envie d’aller à Frontignan-plage à votre retour si ? lol ! c’est tellement chouette ces dauphins dans l’eau !

    les enfants ont l’air de bien s’occuper c’est génial ! des bracelets brésiliens à la cuisine, en passant par le pliage…il ne vous manque plus qu’à vous mettre un peu à la photo parceque c’est vrai…on ne te voit pas beaucoup Isa !!!!!!!!! (mais vous êtes tous très beaux quand même ! hihi !)

    gros bisous !

  2. moulhade dit :

    Salut les aventuriers, pouvez vous nous renvoyer le mail qu’on a reçu aujourd’hui
    mon ordi déconne et votre mail a disparu on est degouté!!
    mille bises

  3. Nicole et kiki dit :

    On vient de decouvrir toutes les photos… quelle joie de vous voir (enfin toi Isa, on aimerait bien te voir aussi) tous et de regarder sans se lasser les bouilles de nos petits (oui même toi Manu)… je passe et je repasse ces dernières pages… le manque se fait sentir ! allez passons…
    Vous avez bougé aujourd’hui ? Doumé vous rejoint quand ?
    Enormes bisous d’une Bretagne ensoleillée… et, ne ris pas Manu, nous allons être en restrictions d’eau !!!

  4. Françoise et Jean Paul Enault dit :

    heureux de retrouver notre épisode de voyage par procuration et de vous situer sur la planète!
    on voit que les qualités de navigateurs s’aiguisent au fil des quarts.
    merci pour ces commentaires que nous attendons avec impatience, ces belles photos.
    Profitez un max, régalez vous et nous aussi par voie de ce blog
    bizzzss

  5. chazalette dit :

    toujours autant de plaisir à te lire,isa ; on s’y croirait!!
    nous sommes rassurés de vous savoir en pleine forme, et de savoir que les enfants se régalent!
    nous pensons bien à vous
    bisous
    sylvie

  6. GIGOUT MARTINE dit :

    APRES TOUT CELA, VOUS VOILA BIEN ENTRAINES POUR LA GRANDE TRAVERSEE. PROFITEZ BIEN DU CAP VERT, IL PARAIT QUE C’EST TRES BEAU. BON COURAGE, BON VENT ET BISOUS MARTINE

  7. Marty Karine dit :

    Merci pour ces grands moments d’évasion depuis les fauteuils de Cournon… Nous ne loupons pas un épisode… Jàmm ag jàmm BIZZZZZ Karine Lionel Léna

  8. Tom Rohrer dit :

    quand je pense que vous êtes là-bas et que moi je suis devant mon ordi 🙂
    envoyez-nous de vos nouvelles !
    et éclatez-vous.
    Tom

  9. nicole dit :

    Bon, ce n’était pas que du bonheur cette traversée mais que de souvenirs elle va laisser ! pour ne garder que les meilleurs… et quelle expérience ! Bravo à vous deux et bravo aux petits pour leur comportement.
    Ce séjour au Cap Vert va être le bienvenu et vous allez reprendre des forces, retrouver vos potes et la fête qui va avec… et puis, Doumé va arriver, tout neuf débarqué de sa Seine et Marne… vous allez vous sentir moins seuls et allez partager avec lui (on l’envie !) tous les moments vécus jusqu’à ce jour sans lui et, ensuite, ceux avec lui (on (je) l’envie moins !)
    En Bretagne, rien de neuf, sinon Jojo qui a fêté ses 77 ans hier ; on a, bien sur, parlé de vous, vos oreilles doivent souvent siffler ! il espère vous voir en Guadeloupe, il y sera du 21 janvier au 12 mars.
    Kiki sort de sa sieste, nous allons nous préparer pour aller au ciné voir Les Intouchables.
    On vous fait de gros bisous et à bientôt, j’espère, sur Skype ?

  10. Kimmel Michnel dit :

    et pendant ce temps il pleuvait sans discontinuer sur Bouzigues, nous nous consolions avec une solide choucroute (recette Languedocienne) copieusement arrosée de Riesling (cépage alsacien) en rêvant au soleil et aux virées sur l’étang dès que…
    Mais aujourd’hui 22 novembre, ça y est le soleil revient, il était temps, le bouzigaud ne supporte pas bien la grisaille!!!
    Profitez bien du Cap Vert et continuez de nous égailler avec votre voyage transcontinental.
    Michel K de Bouzigues

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