Açores -> Gibraltar -> Cabo de Gata / Jour 8

Après 7 jours de bleu, les premières lumières de la Terre sortent de l’horizon brumeux juste après le coucher du soleil. La mer est belle, le ciel étoilé, et la lune brille sur l’eau. Joli décor pour les tous derniers milles de Zanzibar sur l’océan Atlantique…

Nuit mouvementée à jouer avec le vent, les voiles et les moteurs pour maintenir la vitesse ad hoc devant nous amener aux portes du détroit vers 4 heures du matin et nous assurer un passage de jour, avec la marée. Très vite le vent monte et nous entraine inexorablement vers la Méditerranée. Nous sommes déjà au nord de la sortie du rail de Gibraltar, mais des cargos croisent encore dans les parages. On craint aussi les pêcheurs et les filets, même si on se garde bien d’approcher trop près des côtes. Nous veillons en continu et appelons tous les navires en route de collision à la VHF. Alors que les garçons sont de quart, un navire sort subitement des ténèbres à quelques mètres de la poupe du bateau, en nous braquant avec un énorme spot : frayeur toute aussi énorme pour les loulous ! Théophile nous secoue en catastrophe, un peu impressionné. Mais ce n’est finalement qu’un contrôle dans les règles de la police maritime ou les douanes (espagnoles ?) : 2 tours du bateau à frôler nos coques, 3 milliards de lumens éblouissants dans nos yeux, et, seulement après tout ça, un contact VHF (parce qu’on les appelle !)… Flippant.

Le Captain réveille tout l’équipage vers 4 heures, alors que nous avons déjà passé Tarifa et nous engageons dans le détroit, de nuit, portés par un courant déjà fort et un joli petit vent (15-17 nœuds secteur W-SW) ! On veut passer le rocher tous ensemble sur le pont, comme il y a quelques mois, et partager un pantagruélique petit déjeuner (Marin a promis des pancakes !) en regardant le soleil se lever.

Les lumières de la côte marocaine au Sud, les lumières de la côte espagnole au Nord, des cargos illuminés comme des sapins de Noël tout autour, et Zanzibar au milieu : c’est juste magique. Les enfants sortent le bout de leur nez encore tout ensommeillé, trouvent le spectacle «oh c’est trop beau ! » … et retournent direct sous la couette ! Pour la séquence émotion on repassera, et pour les pancakes aussi… Je leur envie cette absence totale de considérations hautement philosophiques sur les évènements sensés marquer leur petite vie : c’est beau ou c’est moche, on s’éclate ou on s’ennuie, c’est « calé » ou c’est « naze »… Point.

Mais pas besoin d’eux pour pleurer (je développe depuis ma prime enfance une indéniable propension à la larmette facile). D’autant que j’émerge juste d’un affreux cauchemar qui m’englue encore le cerveau (Marin avait été enlevé.. et cloné ! C’était affreux. Le manque de sommeil finit vraiment par faire des ravages…). Il y a 9 mois à peine, quand nous avons passé le Rocher et fait nos premiers milles dans l’Atlantique, nous étions à l’aube d’une aventure qui nous paraissait si grande et si longue ! Gibraltar était un symbole, le « passage » vers l’océan inconnu (et un peu inquiétant quand même…), mais surtout un symbole dans le simple fait que nous y étions finalement arrivé, après tellement de péripéties, de soucis et de doutes. On entrait pour de bon dans notre rêve. Nous aurions passé le Cap Horn que nous n’aurions pas été plus ému (on a les exploits qu’on peut !).

Ce matin, nous réalisons que notre grande aventure était surtout définitivement trop brève !! En rentrant en Méditerranée nous bouclons la jolie boucle, et c’était tellement, tellement chouette. On a un vrai petit coup de bourdon. Mais au bout d’une heure de mélancolie larmoyante, il commence à faire frisquet à pleurnicher en regardant la mer d’Alboran dans le petit matin. Il y a des limites à l’apitoiement ! Dire si on sait être courageux… Une aube blanche et voilée se lève, le vent nous pousse toutes voiles dehors sur des surfs de folie, un grand banc de dauphin vient jouer et sauter dans nos étraves… Il nous reste encore de belles escales à découvrir. Et puis on se sent d’un coup tout proche de vous, ça fait chaud au cœur !

Gibraltar est passé…

Le détroit est resté fidèle à sa réputation: on est entré avec 15 petits noeuds de vent, on sort avec des rafales qui dépassent les 30 noeuds. Heureusement qu’on avait prévu le coup et réduit la grand voile avant Tarifa. On se fait tout de même des beaux surfs à plus de 11 nds, avec 2 ris dans la GV et le génois en plein. Il reste encore pas mal de cargos à éviter de ce côté là aussi (notemment ceux qui « stationnent » jusqu’à une soixantaine de milles à l’Est de Gibraltar). On se fait un peu surpendre par les sautes du vent, qui peut basculer subitement de 20°. On frôle un empannage incontrolé (avec 20-25 nds bonjour les dégats), la retenue de bôme tient et nous laisse le temps de corriger le tir. On passe en mode vent pour sécuriser tout ça et on reste en veille (très) active « vent-cargos-pêcheurs ».

Notre destination n’est pas encore clairement établie, tout va dépendre de notre vitesse et de la météo. On pensait se poser quelques heures au mouillage de Cala San Pedro, au nord du Cabo de Gata (merci Mathieu !), avant un stop technique vers Cartagena pour refaire les pleins (d’eau et de gasoil). Mais un coup de vent (grand frais) est prévu sur zone Samedi (c’est déjà suffisant en ce moment avec 6-7 beauforts et une mer très creusée, on n’a pas très envie de prendre plus). On devrait donc raisonnablement se poser dans une marina, vraisemblablement vers Almeria, et revoir tranquillement le programme.

On a vu trois fois des dauphins depuis ce matin, mais ça ne mord toujours pas…

Messages Personnels:

– Un grand bonjour et plein de bises aux Cajou, Modus et Alexic, qui doivent faire la fête ensemble ce soir à terre. Désolé, on aura un peu de retard…

Nos stats du jour – à 13h00 UTC :

  • Position: 36°22 N – 04°20 W
  • Distance parcourue sur les dernières 24h: 140 Milles
  • Vitesse Moyenne: 5,8 nds
  • Distance parcourue depuis le départ: 1 080 Milles
  • Vitesse Moyenne: 5,6 nds
  • Distance à parcourir sur notre route actuelle: entre 75 et 125 Milles

Zanzibar.

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Cet article a été publié dans Atlantique Nord... mai-juin 11, Journal de Bord. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Açores -> Gibraltar -> Cabo de Gata / Jour 8

  1. Galinette le 5 juillet 2012 est à Lagos au Portugal… Gibraltar prévu pour le 9 juimllet puis rapidement les baléares. A bientot peut-être?

  2. Salut Manu Isa et les petits matelots,
    Magnifique ce rêve réalisé et que d’émotions pour vous tous et d’images plein la tête (même pour nous qui restons les pieds sur terre..!!). Gros bisous à vous tous 🙂
    Bido

  3. Evelyne Guyot dit :

    Comme on peut comprendre ce coup de blues! Même à nous lecteur ça nous fait quelque chose de vous savoir revenu dans notre eau à 38 pour mille!! Heureusement que la Méditerranée a aussi son lot de beaux coins et d habitants de cultures différentes à découvrir! (re)Bienvenue!

  4. Rozier dit :

    Oui, maintenant je vous sens près de nous, même si la Méditerranée est assez grande et pleine de surprises…….Réaliser ce si joli voyage doit-être encore difficile pour vous mais cela a dû être si magique parfois!!!!!!Plein de bises. Quéquée

  5. Bruno Esteve dit :

    coucou la famille, je vois que votre voyage va toucher a sa fin, nous vous remercions pour la carte bien arrivée hier dans notre boite aux lettres, merci pour cette chaleureuse pensée, nous avons hate de vous revoir, au fait, c’est pour quand votre retour?

    Bruno et Valérie

  6. Jacques Roman dit :

    Superbe texte sur une boucle qui n’en fini pas de se lover comme un fil de soie interminable.. Intéressant, le venturi de Gibraltar et… les petites larmettes dans le coton de la brume …Aaaah ces enfants qui mènent leurs parents en bateau…Ils sont incroyables….mais vrais..

    Bienvenue en Méditerrannée!

    Jacques

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