28 mai -30 mai 2012 – Atterrissage açorien

Fin des vacances, je me remets au boulot !!

Nous atterrissons très paisiblement de notre transat Bermudes-Açores, après 12 jours pile poil de pur bonheur sur l’eau !

Pur bonheur… ou presque : pour éviter l’inquiétude de quelques âmes sensibles (grands-parents en tête !) quant aux risques que peut représenter parfois une transat, nous avons préféré passer sous silence les aventures de nos copains du Bubu, qui ont perdu un safran à 800 milles des Bermudes, et le souci qui nous a tenaillé de les savoir en galère, loin derrière… Avarie sérieuse les obligeant à rester sous-toilés et à avancer doucement (mais surement !), dans des conditions météo heureusement plutôt  favorables. Nous nous sommes un temps posé la question d’aller les rejoindre ou de les attendre,  mais l’option était peu raisonnable au vu de la distance qui nous séparait d’eux et n’étant pas nous même à l’abris d’une galère. Nos échanges quotidiens de mails ou appels iridium nous ont cependant rassuré sur le moral des troupes à bord.

Nous sommes quand même un peu tristes de ne pas arriver en patrouille le lundi 28 mai sur l’île de Faial et nous commençons à les attendre avec impatience, un gros coup de vent étant annoncé pour le mercredi.

C’est le bazar dans le port d’Horta : il n’y a plus de possibilité d’amarrage à quai et on est censé rester au mouillage en attendant qu’une hypothétique place se libère. Mais nous on veut de l’eau !!! Alors qu’on progresse doucement entre les bateaux déjà à l’ancre, un immense monocoque largue les amarres en libérant 30 mètres de ponton d’un coup : nous sommes 3 voiliers à prendre d’assaut le bout de quai ainsi libéré. Maintenant la marina peut toujours se battre pour nous déloger, d’autant que très rapidement plusieurs navires se mettent à couple. Les pauvres marineros doivent vraiment galérer avec tous ces navigateurs de passage qui, sous prétexte de transat, de fatigue, de manque d’eau ou d’électricité, font leur vie comme bon leur semble… Ils n’en restent pas moins très gentils et… fatalistes devant la situation.

Nous faisons nos premiers pas à terre en foulant les quais recouverts des « good wind paintings », traditionnels dessins réalisés par tous les bateaux de passage pour s’attirer les faveurs d’Eole et éloigner le mauvais sort. Les enfants ont déjà en tête ce qu’ils veulent peindre et les discussions vont bon train.

On s’occupe de notre Zanzibar, qui a bien mérité d’être bichonné après ces 1800 milles au top du top ! Grand rinçage à l’eau douce, plein des réservoirs, et lavage à l’eau douce  (et chaude !) de l’équipage ! C’est bien aussi de revenir à terre…

Puis direction le mythique café de Peter, que nous apercevons depuis le bateau. Incontournable et inévitable escale terrienne,  tellement chargée de sens et d’émotion pour nous : la première bière sera pour Pétout, qu’on imagine tellement accoudé au comptoir, sous les drapeaux, les fanions et les photos témoignant du passage de tant de navigateurs, illustres ou inconnus !

Le vent monte dès le mardi, et l’angoisse avec : les copains sont toujours sur l’eau et tentent de maintenir une vitesse suffisante pour avaler les derniers milles et arriver dans la nuit. La situation devient quand même tendue pour eux. On suit leur progression toute la soirée sur l’écran AIS et par VHF. Ils entrent dans le port vers 2 heures du matin, avec une mer déjà belle et des rafales qui les font reculer. Nous les attendons sur un quai pour les aider à s’amarrer mais ils ne peuvent absolument pas manœuvrer pour s’en approcher. Leur safran manquant leur fait cruellement défaut mais il semble surtout qu’une hélice soit aussi endommagée : impossible de diriger le bateau face au vent. De guerre lasse, ils jettent l’ancre à l’entrée du mouillage, par 12 mètres de fond et un vent qui souffle très fort : impossible de dormir dans ces conditions. Ils ne sont toujours pas au bout de leurs peines et nous sommes bien désolés pour eux, impuissants à les aider.

La météo se dégrade encore dans la nuit et la tempête se lève : la mer est démontée, écumante et fumante, absolument sinistre. C’est un peu la panique pour les bateaux au mouillage tant le vent est fort et les rafales puissantes. Les voiliers évitent dans tous les sens, dérapent sur leur ancre, les vagues secouent tout ce petit monde et l’écume vole à la surface de l’eau… Brrrr….  On enfile salopettes et vestes de quart pour aller faire un tour en ville. On prend la VHF au cas où, les enfants restant à bord. La vue sur la mer déchainée est angoissante : heureusement que nous sommes tous arrivés à bon port à temps ! Mais tout le monde n’a pas eu cette chance. Un appel de détresse arrive sur le canal 16 : un voilier qui rentre au port dans ces conditions apocalyptiques demande de l’aide. En affalant la grand voile, la drisse est partie à l’eau et est passée dans l’hélice : plus de moteur et pas moyen de renvoyer de la toile. C’est la double peine. Le vent les pousse très rapidement vers la terre et en à peine 2 minutes ils sont sur les rochers de la digue. Leurs appels de détresse nous glacent et la vue du bateau drossé sur les rochers est terrifiante. La (grosse) annexe d’un (énorme) voilier part à fond pour leur porter secours, avec 3 équipiers à bord.  Puis le remorqueur du port. Et même une petite barque de pêcheur. Il est bien sûr très difficile de les approcher avec les vagues qui se fracassent sur la digue et les manœuvres sont périlleuses. Mais à force de batailler contre les éléments, le voilier est amarré au remorqueur et extrait laborieusement des rochers. Il a plusieurs voies d’eau importantes mais il flotte encore suffisamment pour être ramené vers la darce du port et sorti immédiatement de l’eau avant de sombrer. Il vide depuis sur la jetée les litres d’eau salée qui ont bien failli l’engloutir. Mais son équipage est indemne, ce qui tient déjà un peu du miracle.

Tout le monde est sous le choc : l’équipage, un couple d’américains (pas de la première jeunesse de surcroit), devait déjà vivre l’enfer sur les derniers milles de sa navigation et voir sans doute arriver Horta avec soulagement.  Que la dernière manœuvre de leur transat tourne ainsi au cauchemar en quelques minutes nous rappelle un peu violemment à tous que nous sommes bien peu de choses dans nos petites embarcations ! Et comble de l’ironie, le vent tombe quasi instantanément moins de 2 heures plus tard, ramenant le calme absolu dans la marina après une dizaine d’heures de furie. Comment être au mauvais endroit, au mauvais moment…

Le Bubu profite de ce répit météorologique pour essayer de rejoindre la terre ferme.  Et l’aventure continue… Après la découverte d’une jolie bobine de ficelle autour de leur hélice babord (ils ont du prendre un bout à l’entrée du port la nuit dernière… mais ceci expliquant cela, leur manque de manœuvrabilité au moteur n’est maintenant plus un mystère et le problème est vite réglé),  c’est ensuite l’ancre qui refuse de remonter ! En tant que plongeur professionnel patenté, Cyril est désigné d’office pour aller barboter sous l’eau (a priori à 15°C). L’ancre est prise dans une chaine et il bataille ferme pour la désengager ! Lui qui venait juste de prendre une bonne petite douche chaude… niark niark niark.

Une fois amarré à quai, envolés les soucis ! Nous nous déclarons enfin tous officiellement « arrivés » et pouvons profiter pleinement de cette escale pittoresque (comprendre une bonne bière chez Peter). On vous racontera…

En attendant, je vais essayer de remettre un peu d’ordre dans le bazar de ce blog (maintenant que Manu a fini de faire joujou). A commencer par publier l’article sur les Bermudes, que nous avons quitté il y a 2 semaines… Si vous êtes un peu perdus, faites part de vos doléances au cap’tain ! Quand je pense à ses remontrances dès qu’on zigzague un tant soit peu à la barre, il est moins regardant quand il s’agit de ses propres égarements chronologiques !

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Cet article a été publié dans Atlantique Nord... mai-juin 11, Journal de Bord. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour 28 mai -30 mai 2012 – Atterrissage açorien

  1. Jacques Roman dit :

    Superbes textes et photos vous montrant ..bien vivants…

    A bientôt

    Jacques

  2. tom rohrer dit :

    trop beau le quai ! 😮 supers contents que vous soyez arrivés, have fun

  3. Evelyne Guyot dit :

    Trop belle votre photo de couple…on imagine ce qui se partage…tellement heureux d avoir ramené tout le monde à bon port peut être, après avoir offert ce si beau partage familial ;))) BRAVO!!!

  4. Beck dit :

    Vous voila enfin aux Acores, nous sommes contents et rassures
    Bisous

  5. Vincent dit :

    Bravo à tous ! Quand à moi, j’essaie de me ré-acclimater doucement à la vie terrestre … A bientôt à Sète. Vincent

  6. Marie-Virginie dit :

    Bravo!!!! Nous sommes heureux pour vous, gros bisous de nous tous !!!!!!!!!!!L

  7. GIGOUT JOEL dit :

    BRAVO POUR VOTRE EXPLOIT EN HAUTE MER
    A BIENTOT SUR LE QUAI DE BOUZIGUES
    JOEL ET MARTINE BOUZIGUES

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